SélectiCe(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Coon du message

Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage...

samedi 25 septembre 2010

Les "démocraties" modernes


L’usage des « … » signifie que le caractère démocratique de ces sociétés peut être mis en question. On peut développer une série d’arguments qui vont dans ce sens et qui aboutirait à dire comme Castoriadis que nos sociétés occidentales modernes se rapprochent d’avantage du type de l’oligarchie (= pouvoir détenu par une minorité de riches) que de celui de la démocratie.
Pour l'apercevoir, il faut déjà se débarasser d'un mode de classification simpliste, binaire des régimes politiques qui opposeraient les bonnes démocraties occidentales aux mauvaises dictatures.

Le Bien (les forces du Bien) / Le Mal (les forces du Mal)
Etat démocratique / dictature
Des dirigeants élus / des dirigeants non élus
La liberté de la presse, pluralisme / la censure et la propagande.

Une telle classification sert à masquer toutes les tendances non démocratiques des sociétés occidentales. Une analyse moins grossière des régimes politiques consisterait à les situer le long d'un continuum allant des sociétés les plus hétéronomes, les moins libres, jusqu'à l'idéal d'une société pleinement autonome. Sur ce continum, la France serait certes moins éloigné de cet idéal qu'une dictature militaire mais il apparaitrait malgré tout, qu'elle en est encore très éloignée!
Passons en revue quatre aspects sous lesquels ces tendances non démocratiques profondément ancrées dans les institutions des "démocraties" modernes peuvent être repérées.


a)La question de la représentation politique.
La distinction clef à posséder ici est celle entre démocratie directe et démocratie représentative ; les démocraties modernes sont représentatives à la différence de la démocratie grecque qui était directe ; l’écart entre les deux est immense et conduit à se demander si le concept même de « démocratie représentative » n’est pas un monstre logique comme « cercle carré ». En effet, à partir du moment où nous élisons des représentants qui vont gouverner à notre place, la politique a cessé d’être l’affaire de tous pour devenir l’affaire exclusive de quelques uns, les représentants qui détiennent le monopole du pouvoir politique:"Quoi qu'il en soit, à l'instant qu'un peuple se donne des représentants, il n'est plus libre." (Rousseau, Du contrat social, Livre troisième). Le système de la représentation génère inévitablement une professionnalisation de l’activité politique qui devient un métier parmi d’autres réservé à des spécialistes ; ceux qu’on appelle les politiciens, les hiérarques des différents partis politiques ont fait de la politique leur métier. Il faut bien voir que ceci est en contradiction absolue avec la façon dont les inventeurs de la démocratie ont compris la politique ; elle était pour eux l’exact contraire d’un métier : d’une part elle était de l’ordre du loisir, raison pour laquelle les esclaves voués leur vie entière au cycle de la nécessité vitale travail/consommation ne pouvait avoir de citoyenneté ; d’autre part, comme l’énonce la fin de mythe de Protagoras, l’intelligence politique est à distinguer de l’intelligence technique en ce qu’elle est également partagée entre tous (cf. Le germe de la démocratie, 1a) Dès lors que la politique a cessé d’être l’affaire de tous pour devenir l’affaire d’une minorité  on est plus proche d'une forme aristocratique de  régime que de la démocratie.
La tentative de candidature de Coluche aux élections présidentielles de 1981 en est l’illustration concrète. Le sens de sa candidature était d’exprimer l’idée que dans une démocratie n’importe quel citoyen peut prétendre occuper les fonctions politiques, mêmes les plus importantes comme cela était le cas dans la démocratie athénienne. La suite de l’histoire montre que l’ensemble de la classe politique, droite/gauche confondues s’est liguée pour faire pression pour qu’il retire sa candidature. Ce que cette classe politique dénonçait unanimement, c’était l’exercice illégitime de la politique dont aurait été coupable Coluche ; on l’accusait de se mêler d’affaires pour lesquelles il n’avait pas les compétences nécessaires sous entendant que la politique est une affaire de spécialistes comme la maçonnerie ou la menuiserie. Comme le notait Bourdieu: « Je rappelle que Coluche n’était pas vraiment candidat mais il disait qu’il était candidat à la candidature pour rappeler que n’importe qui pouvait être candidat. Tout le champ médiatico-politique s’était mobilisé, par delà toutes les différences, pour condamner cette barbarie radicale qui consistait à mettre en question le présupposé fondamental, à savoir que seuls les politiques peuvent parler politique. Seuls les politiques ont compétence (c’est un mot très important, à la fois technique et juridique) pour parler de politique. La politique leur appartient. Voilà une proposition tacite qui est inscrite dans l’existence du champ politique. » (Propos sur le champ politique  p.55-56) Comme on parle d'un exercice illégal de la médecine, on peut aussi parler d'un "exercice illégal de la politique" pour celui qui n'est pas un politicien de métier. Bourdieu fait de ce point de vue un parallèle avec le domaine religieux dans la mesure où il repose lui aussi sur une ligne de partage strict entre ceux qui ont la légitimité pour s'occuper des affaires religieuses et la grande masse des profanes qui doit rester passive. De la même façon, les premiers supportaient très mal toute intrusion des profanes dans leur sphère d'activités. Par exemple, au moment de la Réforme, un des problèmes venait de ce que les femmes voulaient dire la messe ou donner l'extrême-onction. Les clercs (les membres du clergé investis officiellement par l'institution) défendaient ce que Max Weber appelait "leur monopole de la manipulation légitime des biens de salut" et dénonçaient l'exercice illégal de la religion de la même façon que les politiques défendent aujourd'hui leur monopole sur la politique. Il faut bien comprendre que tous les désaccords qui peuvent intervenir sur la scène politique (l'opposition droite/gauche par ex.) n'existent que sur le fond d'un accord premier entre les divers acteurs de cette scène: qu'ils soient de droite, de gauche ou du centre, tous sont d'accord pour dire que la politique c'est leur affaire exclusive.
On peut se risquer à énoncer cette règle générale: plus dans une société, la politique se professionnalise et plus c'est la société qui va tendre à se dépolitiser. Les taux d'abstention extraordinairement élevés lors des élections sont l'indice d'une telle dépolitisation.
De ce point vue on voit la duplicité de notre société : on accorde à un individu d’appartenir à une communauté politique en tant que citoyen et dans le même temps on lui interdit toute accès au pouvoir politique qui doit rester l’affaire de professionnels sous prétexte qu’il serait incompétent. Comme le résumait le penseur contre révolutionnaire Rivarol,", en démocratie, il y a deux vérités qu'il ne faut jamais séparer 1) que la souveraineté réside dans le peuple. 2) Que le peuple ne doit jamais l'exercer."
.b) "La politique politicienne" ou les stratégies de conquête du pouvoir.
Ce qu’on appelle péjorativement dans les médias «  la politique politicienne  », c’est ce jeu auquel se livre l’ensemble des membres de la classe politique pour grimper dans l’échelle hiérarchique du pouvoir. Il faut bien voir que ce « jeu » de conquête du pouvoir est un effet structurel qui est lié à la professionnalisation de la vie politique ; ce qui est en cause ce n’est donc pas d’abord la méchanceté des hommes mais la structure sociale qui génère cette lutte pour le pouvoir ; un sociologue comme Bourdieu l’a bien montré : à partir du moment où se constitue une classe de politiciens professionnels, les membres de cette classe sociale seront mus par des intérêts liés à leur appartenance à cette classe, intérêts particuliers distincts des intérêts du reste de la population ; d’où l’impression générale de la population , tout à fait légitime, que les politiciens représentent d’abord et avant tout leur propre intérêt particulier avant ceux de la population qui les élit. La politique aux mains des professionnels tend ainsi à se transformer en un jeu d’échec (d’où l’expression journalistique, « l’échiquier politique ») où ce que fait et dit un homme politique est d’abord déterminé pour mettre « échec et mat » son adversaire politique et non prioritairement prendre en compte les intérêts de la population ; le but de jeu c’est d’abord de grimper l’échelle hiérarchique du pouvoir ou s'y maintenir une fois qu'on est en place (sénateurs, députés, ministres, président) ce qui fait appel à toute une stratégie où le népotisme (pratique visant à accorder des avantages à ses amis en attendant d’eux qu’ils vous renvoient l’ascenseur), les mensonges, trahisons, promesses non tenues occupent une place de choix.
 Quatre exemples équitablement répartis entre la droite et la gauche qu'on peut multiplier à l'infini.
Chirac fait campagne en 1995 sur le thème de la "fracture sociale" et de la promesse de réduire les inégalités économiques dans la société. En douze ans de pouvoir, pourtant, les inégalités ont continué de se creuser. On ne peut comprendre  une telle chose qui si on aperçoit que ce thème de campagne a d'abord été choisi en fonction d'une stratégie de conquête de pouvoir et non pas dans l'optique de gouverner. Les conseillers de Chirac lui ont bien montré qu'il avait tout intérêt à choisir un thème de campagne qui lui permettrait de "ratisser" le maximum de voies sur sa gauche plutôt que d'aller sur sa droite creuser des thèmes accaparés par le Front national avec lequel il était en conflit. Le choix d'un programme électoral est donc d'abord déterminé par la question: "comment obtenir le plus de voix possibles?" et non pas: "comment nous estimons qu'il est juste que le pays soit gouverné?"
 Deuxième exemple, Mitterrand, grand stratège en matière de conquête et de conservation du pouvoir, avait très tôt compris tout l'intérêt qu'il y avait à favoriser l'essor d'un parti comme le Front National car cela conduirait à diviser et donc affaiblir la droite; il renforçait ainsi ses chances de se maintenir au pouvoir quitte à conduire une stratégie en complète contradiction avec les valeurs traditionnelles de la gauche.  Autre exemple: le Congrès de Rennes du P.S dans les années 1990 à propos duquel Bourdieu fait l’analyse suivante: « une partie très importante des problèmes qu’on nous présente comme étant des problèmes politiques importants sont des problèmes qui sont importants pour les politiques, notamment parce qu’ils leur permettent de faire des différences entre eux. Ce sont les problèmes de courants- l’exemple le plus typique, c’est le fameux congrès de Rennes du parti socialiste, où personne n’a jamais compris qu’elle était l’enjeu, en dehors des intérêts politiques les plus directs des chefs de courants. » (Propos sur le champ politique p.35) En fait, le véritable enjeu était de savoir quel courant allait s’imposer pour prendre la succession de Mitterrand à la tête du parti. Bourdieu résume l'effet de fermeture du champ politique une fois qu'il est monopolisé par des professionnels :"Ainsi le fait que le champ politique est autonome et qu'il a sa logique propre et que cette logique est au principe des prises de position de ceux qui y sont engagés, implique qu'il y a un intérêt politique spécifique, qui n'est pas automatiquement réductible aux intérêts des mandants...Le fonctionnement en champ produit une sorte d'effet de fermeture. Cet effet observable est le résultat d'un processus: plus un espace politique s'autonomise, plus il avance selon sa logique propre, plus il tend à fonctionner conformément aux intérêts inhérents au champ, plus la coupure avec les profanes s'accroît."(ibid. p.58)
Ceci définit le sens de l’expertise que détient de nos jours un politicien : s’il est expert dans un domaine, c’est d’abord dans l’art de grimper l’échelle hiérarchique du pouvoir ; mais l’art de gouverner est toute autre chose et dans ce domaine , c’est une mystification de faire croire que le politicien aurait des compétences particulières ou que les décisions politiques sont entre les mains d’experts ; l’affaire de la grippe H1N1 le montre de façon éclatante ; ce ne sont pas les experts qui décident en fin de compte de commander ou non les vaccins ; ils se contentent d’exposer leur expertise à la ministresse, expertises qui sur ce cas comme sur la plupart se contredisent entre elles ;et c’est à la ministresse qu’il revient de trancher et de décider et elle le fait comme serait capable de le faire n’importe quel individu doué d’une intelligence normale.
Il faut bien voir que les qualités requises pour grimper l’échelle hiérarchique du pouvoir ne sont pas nécessairement les mêmes que celles requises pour bien gouverner ce qui ne va pas sans soulever un immense problème : est-ce bien les plus aptes à gouverner qui parviennent au faîte du pouvoir ?Pour conquérir le pouvoir des pratiques comme le népotisme, les trahisons, la corruption, le mensonge, l'habileté à manipuler les hommes sont requises. Pour bien gouverner, il faut, au contraire avoir le sens du bien commun et pouvoir faire passer celui-ci avant ses propres intérêts ou ceux de son cercle d'amis.
c) La question des élections.
Il est habituel de présenter l'organisation d'élections comme le fondement même de toute vie démocratique dans les conditions de vie modernes. Ce qui est présenté comme une évidence soulève pourtant des questions qui rendent la chose problématique.
En premier, il faut quand même se rendre compte que l’élection par le vote n’a jamais été considéré par les inventeurs de la démocratie comme une procédure démocratique mais aristocratique (cf. Le germe de la démocratie, partie 1c Les institutions de la démocratie grecque, le tirage au sort). Cela était encore une idée unaniment partagée au XVIIIème siècle par des penseurs comme Rousseau ou Montesquieu que l'élection est la procédure aristocratique par excellence qu'ils opposaient à la procédure démocratique du tirage au sort. Elire, c'est toujours élire ceux que l'on considère être les meilleurs, les aristoï. On a jamais vu quelqu'un se présenter à une élection en disant "votez pour moi, je ne vaux pas mieux que les autres"! Seul le tirage au sort garantit que chacun est également apte à gouverner:"Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie; le suffrage par choix est de celle de l'aristocratie." (Montesquieu, Esprit des lois, Livre II, ch. 2) Rousseau, se son côté, se moque des anglais qui croient être libres en organisant des élections:"Le peuple anglais pense être libre; il se trompe fort, il ne l'est que durant l'élection des membres du parlement; sitôt qu'ils sont élus, il est esclave, il n'est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l'usage qu'il en fait mérite bien qu'il la perde." (Rousseau, Du contrat social Livre III, ch. XV)
Ensuite considérer le vote à bulletin secret comme le fondement même de la citoyenneté traduit un
appauvrissement dramatique de la vie politique si ce n’est sa dissolution complète ; comme le dit Hannah Arendt: « Nous avons besoin d’un certain nombre de lieux politiques. L’isoloir à l’intérieur duquel nous déposons notre bulletin est certainement trop étroit, car seule une personne peut y tenir. » Ce que Arendt appelle « un lieu politique », c’est un cadre où nous pouvons agir et délibérer ensemble, de concert ; le lieu politique est, par nature, un lieu commun partagé par tous, l’ekklesia par exemple, dans la démocratie grecque ; l’isoloir est exactement le contraire d’un tel lieu : c’est un lieu où, comme son nom l’indique, nous nous « isolons ». Quand cet isoloir devient le seul lieu institutionnel où exercer notre citoyenneté, celle-ci est vidée de toute sa substance. L’acte de voter devient ainsi similaire à l’acte du client qui choisit dans son isolement la marque de lessive qui lui convient le mieux : il traduit l’atomisation de toute vie sociale, l’isolement d’individus qui ne dispose plus d’aucune institution où exercer en commun leur sens politique.
Il faut quand même savoir que les instigateurs du système de la représentation par le vote à bulletin secret à la fin du XVIIIème siècle, Sieyès en France et Madison aux USA, l’ont appuyé en l’opposant consciemment et délibérément à la démocratie; ce qu’ils voulaient instituer c’était « un gouvernement représentatif » dans lequel seule une élite est appelée à gouverner:"Les démocraties contemporaines sont issues d'une forme de gouvernement que ses fondateurs opposaient à la démocratie[...] ce que l'on désigne aujourd'hui sous le nom de démocratie représentative trouve ses origines dans les institutions qui se sont progressivement établies et imposées en Occident à la suite des trois révolutions modernes, les révolutions anglaise, américaine et française. Or ces institutions n'ont nullement été perçues, à leurs débuts, comme une variété de la démocratie ou une forme de gouvernement par le peuple[...] Un gouvernement organisé selon les principes représentatifs était donc considéré, à la fin du XVIIIème siècle, comme radicalement différent de la démocratie alors qu'il passe aujourd'hui pour une de ses formes" (Manin, Principes du gouvernement représentatif, pp. 11-14) Ainsi, de Sieyès, au moment de la Révolution française de 1789:" La France ne doit pas être une démocratie, mais un régime représentatif. Le choix entre ces deux méthodes de faire la loi, n’est pas douteux parmi nous. D’abord, la très grande pluralité de nos concitoyens n'a ni assez d'instruction ni assez de loisir pour vouloir s'occuper directement des lois qui doivent gouverner la France. Leur avis est donc de nommer des représentants." (Discours à l'Assemblée constituante le 09 septembre 1789. Cf., pour des développements sur le sens d'un gouvernement représentatif, partie 2.c. de cette explication de texte) Que cette élite de représentants gouverne dans l’intérêt de la grande masse des gouvernés grâce à la procédure de la réélection, qu'elle soit en ce sens appauvri une "démocratie", c’est un vœu pieux au moins pour la raison indiquée en b) sous l’intitulé « la politique politicienne ». Enfin, il est pour le moins discutable que cette élite soit "représentative"  au sens où elle donnerait un échantillon représentatif de la population comme le laisse voir cet article: Surprise! les députés ne sont pas représentatifs de la population.

d) Le système des partis politiques.
Ce système va de pair avec celui de la représentation et de la professionnalisation de la vie politique. La politique est devenue le monopole des hiérarques des différents partis politiques ; là aussi ce qui est présenté dans l’idéologie des dominants, comme le fondement même de la démocratie est, en réalité, l’expression d’un régime de type oligarchique où une minorité détient le pouvoir politique.
On trouve une critique radicale du système des partis dans un petit texte paru à titre posthume en 1950 de la philosophe Simone Weil : Note sur la suppression générale des partis politiques.
Le préjugé courant voudrait que supprimer les partis ça serait supprimer la démocratie ; le propos de Simone Weil va à contre courant: la suppression des partis est, au contraire, un préalable indispensable à l’institution d’une démocratie réelle.
Simone Weil commence par retracer la genèse historique de l’invention des partis politiques ; il faut remonter à la convocation par Louis XVI des états généraux en mai 1789, à la veille de la Révolution française. Apparaissent alors différentes factions au sein du club des jacobins, factions qui sont les ancêtres de nos partis politiques actuels ; l’essentiel à noter, c’est que le lieu originel de formation des partis politiques est une assemblée de type parlementaire, autrement dit, non pas une assemblée du peuple lui-même comme pouvait l’être l’ekklesia grecque, mais une assemblée de représentants du peuple ce qui n’est plus du tout la même chose. A l'époque moderne, ce qu'il faut opposer comme alternative démocratique au système  des partis, c'est le système des conseils qui a été dans l'histoire du mouvement révolutionnaire le véritable système populaire:"Dans le contexte moderne, les conseils sont la seule alternative que nous connaissions au système des partis et les principes qui les fondent tranchent à bien des égards par leur opposition au système des partis." (H. Arendt, Réflexions sur la révolution hongroise dans Les origines du totalitarisme, p. 923); voir à ce sujet l'étude de cas consacré aux conseils ouvriers de la Révolution hongroise de 1956 dans laquelle ils ont connu leur développement le plus abouti avant d'être férocement réprimé par le pouvoir totalitaire de Moscou:"L'opposition entre les deux systèmes, celui des partis et celui des "conseils" a surgi au premier plan dans toutes les révolutions du XXème siècle. Le conflit tel quil se posait était le suivant: représentation contre action et participation." (H. Arendt, Essai sur la Révolution, p. 404)
Simone Weil développe trois reproches essentiels qu’elle fait au système des partis:
- « Le parti est une machine à fabriquer de la passion collective » et non à instruire rationnellement le débat public ; c’est au fond le principe de la démagogie que Platon dénonçait déjà à l’époque de la dégénérescence de la démocratie athénienne. Ce sur quoi les hiérarques à la tête des partis s’appuient pour se faire élire, c’est sur les humeurs de la population bien d’avantage que sur leur opinion éclairée.
Cette distinction humeurs/opinions se retrouve dans la réflexion politique de Arendt. Dans un système politique comme le notre, la population est seulement susceptible d’avoir des humeurs ; dans un système où il n’y a plus de lieu public où la population puisse exercer son jugement politique et l’instruire par le débat public, ne peut plus se former dans cette population que des humeurs qui renvoient chacun à sa sphère privée d’existence  et à ses sentiments intérieurs éprouvés dans l’isolement; une opinion politique ne peut se former dans un isoloir, seul lieu institutionnel qu’il reste au citoyen ; elle nécessite un lieu public de débat où je puisse confronter mon point de vue avec celui des autres pour aboutir à un jugement éclairé par les connaissances des uns et des autres ; de tels lieux n’existent pas dans notre société en dehors de ces lieux que Castoriadis appelaient « publics-privés » comme le bistrot ou la place du quartier.
-Deuxième reproche, le parti est « une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun de ses membres » ; ce que Weil dénonce ici c’est l’absence d’une pensée autonome que génère le système des partis ; comme elle le souligne plus loin, « presque partout et même souvent pour des problèmes purement techniques, l’opération de prendre parti s’est substituée à l’obligation de pensée »Ceci est particulièrement visible quand, dans un parti ou un gouvernement, une voix s’élève contestant les décisions prises ; dans un cas comme dans l’autre on demandera au ministre/responsable du parti soit de se taire et de rentrer dans le rang soit de démissionner pour ne pas donner à « l’opinion publique » le sentiment d’une « cacophonie ». L’ordre du parti politique est celui d’une hiérarchie stricte où ce que chacun dit et fait est déterminé d’abord par le souci de grimper dans cette hiérarchie (cf. b). L'unanimité autour des décisions prises par la tête du parti est ainsi sur valorisé alors que l’essence même de la politique tel que Arendt la pense est dans la pluralité ; on retrouve au fond dans l’organisation du parti, le vieux thème platonicien et antidémocratique de la survalorisation de l’unité au détriment de la pluralité (cf. IId ).
-Enfin, troisième et dernier reproche «  l’unique finalité d’un parti est sa propre croissance » ce qui fait que tout parti est, potentiellement, totalitaire, c’est à dire tend à exercer un pouvoir total sur la société ; qu’il ne devienne pas totalitaire dans la réalité vient simplement du fait que son existence est limitée par celle des autres partis ; de ce point de vue Weil voit dans la dictature du parti unique en URSS, à son époque, l’aboutissement logique d’une tendance interne à tout parti dès lors qu’il a réussi à éliminer ses adversaires politiques.
Ici aussi, l’analyse que fait Arendt des différentes formes d’organisation du système des partis mérite qu’on s’y arrête ; nous connaissons trois formes possibles : le système biparti d’inspiration américaine (deux grands partis dominent la vie politique : les républicains et les démocrates), le système multiparti d’inspiration française et enfin le système du parti unique tel qu’il a été institué en URSS. La thèse de Arendt consiste à dire que la distance qui sépare le système multiparti d’inspiration française du système totalitaire du parti unique est bien moindre que celle qui sépare le système biparti d’inspiration américaine de ce système totalitaire ; autrement dit qu’un système multiparti comme le notre a beaucoup plus de chance de dégénérer en un système totalitaire fondé sur un parti unique que le système biparti américain.
Cette thèse va ici aussi à l’encontre d’un préjugé très répandu qui voudrait qu’un système multiparti comme le notre permet l’expression d’une plus grande diversité d’opinions et serait donc plus favorable à l’expression de la vie démocratique.
Le système biparti américain est fondé sur le principe de la séparation des pouvoirs. On en trouve la théorie chez Montesquieu ; il distingue dans tout régime politique trois fonctions fondamentales : le pouvoir législatif édicte les normes générales/lois organisant la vie sociale, tandis que le pouvoir "exécutif" se charge de l’exécution de ces règles et de la gestion de leurs conséquences administratives et que le pouvoir judiciaire en assure l’application dans le cadre du règlement des litiges. L’idée de Montesquieu et celle qui a guidé les Pères fondateurs des USA, c’est que seul le pouvoir est capable de contrôler et limiter le pouvoir ; ainsi pour éviter les abus du pouvoir if faut des institutions qui permettent que ces trois formes du pouvoir politique aient une relative indépendance les unes à l’égard des autres .
En France, la constitution n’est plus fondée sur un principe de séparation des pouvoirs mais sur le principe de la nation une et indivisible. On en trouve la théorie chez Rousseau. C’est ce qui fait que dans un tel système le parti au pouvoir tend à aspirer à lui l’intégralité du pouvoir car il est censé incarner l’unité de la nation : dans le système d’inspiration française, c’est, en réalité le « pouvoir exécutif », c’est-à-dire, le gouvernement et le parti qui le détient qui concentre en lui l’essentiel du pouvoir. Dans un tel système ce qu’on appelle « le pouvoir exécutif », le gouvernement, porte, en réalité, très mal son nom car il est bien d’avantage qu’un simple exécutant ; c’est en réalité lui qui détient le véritable pouvoir législatif ; l’Assemblée nationale censée être le cœur du pouvoir législatif n’est, en réalité, que la caisse d’enregistrement de lois qui ont été décidées, élaborées par le gouvernement ; d’autre part, le pouvoir judiciaire est, dans une mesure importante, sous la tutelle du gouvernement ; les magistrats du parquet sont sous la tutelle du ministre de la justice qui les nomme lui-même.
Dans ce système, le risque de dérive totalitaire est beaucoup plus prononcé car le parti politique une fois au gouvernement concentre en lui l’essentiel du pouvoir. Arendt, par exemple, critiquera fortement ce type de constitution en remontant à ses présupposés théoriques chez Rousseau : celui-ci, d’après Arendt, aurait fait preuve de confusion en concevant le pouvoir politique sur le modèle de la volonté qui est une faculté qui n’est pas politique car elle renvoie au domaine de la vie intérieure et de la psychologie (l’action et la parole sont les deux facultés politiques par excellence pour Arendt).
Rousseau applique donc au domaine de l’action et du débat collectifs une notion qui lui est, en réalité, étrangère. Une volonté divisée en elle-même est inconcevable ( que serait une volonté qui voudrait et ne voudrait pas en même temps si ce n’est une volonté condamnée à la paralysie et à l’impuissance ?) donc un pouvoir divisé en lui-même serait , de la même façon, un pouvoir condamné à l'impuissance et à se détruire lui-même ; donc le pouvoir politique, pour être solidement établi, doit être un et indivisible. Ce type de constitution rejoint le thème platonicien de la survalorisation de l’unité au détriment du pluralisme, condition essentielle de la vie politique ( cf.IId)
Il n'en reste pas moins que le principe de séparation des pouvoirs même dans le cadre d'une démocratie comme celle des Etats Unis fonctionne très mal: on le voit déjà  à la collusion étroite entre le pouvoir politique, le pouvoir économique et le pouvoir des médias. On donne souvent l'affaire du Watergate comme illustration de l'efficacité des contre pouvoirs aux USA. En réalité, comme l'analyse Chomsky, c'est largement illusoire. Si cette affaire a eu un grand retentissement dans les médias et a conduit à destituer le président Nixon, c'est simplement parce qu'on s'attaquait à des puissantes personnalités liées au parti démocrate qui avaient les moyens de faire pression pour ne pas se laisser marcher sur les pieds; ce qui l'atteste, c'est qu'au même moment, une affaire bien plus grave qui ne concernait plus des personnalités disposant d'un grand pouvoir d'influence a été complètement passé à la trappe:" l'examen par les juges d'un programme de contre-espionnage conduit, sous le nom de CoIntelPro (Counterlntelligence Program), par le gouvernement fédéral et sa police politique, le FBI, sous quatre présidents successifs - Eisenhower, Kennedy, Johnson et Nixon. Au départ, il s'agissait de briser le Parti communiste. Puis sa mission s'est étendue à toutes les organisations dissidentes : celles des femmes, des pacifistes, des Noirs, etc.
Ils ne se contentaient pas de voler des dossiers au siège d'un parti politique. Ils débarquaient et brisaient des partis politiques, comme, par exemple, le Socialist Workers Party, un parti trotskiste.[...]Des assassinats ont par ailleurs été commis. Un militant noir de Chicago a été abattu par la police de la ville, avec l'aide directe du FBI, dans le cadre de ce programme. Il a été assassiné dans son lit, probablement drogué, le FBI n'ayant pas réussi à convaincre un chef de gang de se charger de cette besogne. CoIntelPro était infiniment plus grave que le Watergate. Or, personne n'en a jamais entendu parler. En revanche, le Watergate fait figure de plus grand événement du siècle."(http://www.chomsky.fr/livres/2heures_lucidite.html)
 La démocratie grecque ne posait d'ailleurs pas du tout la question dans les termes d'une problématique de la séparation des pouvoirs. Dans une démocratie authentique où c'est le peuple qui est la source de tout le pouvoir aucun contre pouvoir  ne peut venir limiter  le pouvoir du peuple. Le seul principe de limitation qui ait un sens dans ce cadre, est un principe d'auto limitation qui conduit le peuple à se limiter par lui-même.
Rien ne peut évidemment nous garantir qu'un peuple en soit toujours capable; il n'y ici aucune "garantie tout risque"; ce qui veut dire qu'il n'y a pas de liberté possible sans l'acceptation pleine et entière de ce risque. Le mieux qu'on puisse faire pour nous prémunir contre l'abus du pouvoir dans une authentique démocratie, c'est de créer, comme les grecs l'ont fait, des institutions qui favorisent une culture de l'auto limitation. Cf le rôle d'une procédure comme la graphê paranomon (c'est le peuple qui fait la loi, or le peuple peut se tromper donc le peuple peut se rectifier en changeant la loi) ou l'institution de la tragédie dans la démocratie grecque (cf. cours le germe de la démocratie d) l'autolimitation).

e) Bilan
L’ensemble de ces quatre thèmes que nous venons de passer en revue autorise à penser que les sociétés occidentales modernes ont des tendances nettement plus marquées vers l’oligarchie (pouvoir détenu par une minorité de riches) que vers la démocratie; ils permettent aussi de comprendre le phénomène de plus en plus massif qu’on constate dans toutes les « démocraties occidentales », à savoir le désintérêt pour les choses de la politique, désintérêt qui se manifeste de façon claire et nette à travers les taux d’abstention qu’on constate lors de chaque élection; par exemple, aux USA, pour la réélection de Clinton en 1996 plus de la moitié des inscrits ne s’est pas déplacée pour aller voter; ramené à la population totale en âge de voter le pourcentage de citoyens qui a fait bénéficier de ses voix Clinton pour être réélu se chiffrait en fait à 24,5%, soit même pas le quart de la population!
Les politiciens professionnels sont ici pris dans une contradiction qu’il leur est de plus en plus difficile à tenir. D’un côté, il leur est nécessaire que les gens ne s’intéressent pas de trop près à la politique dès lors qu’ils en ont fait leur monopole mais, d‘un autre côté, ils ont besoin qu‘ils s‘y intéressent un tant soit peu, ne serait-ce que pour aller déposer leur bulletin lors des élections, sans quoi, ils perdraient tout semblant de légitimité.
-Thèse: les effets bénéfiques de l’apathie politique.
"Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas qu’il soit instruit. il n'est pas digne de l'être. J'entends par peuple la populace qui n'a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capacité de s'instruire. Ils mourraient de faim avant de devenir philosophes. Il me paraît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants. Si vous faisiez valoir comme moi une terre, et si vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon avis; ce n'est pas le manoeuvre qu'il faut instruire, c'est le bon bourgeois, c'est l'habitant des villes." (Voltaire, lettre à M. Damilaville, 19 mars 1766).
Faisons nous les avocats du diable. On trouve bien tout un pan de la pensée politique qui justifie l’apathie politique de la population et qui pense même qu’elle est salutaire. Ainsi un auteur américain comme W.H.Morris Jones dans un article au titre révélateur, Défense de l’apathie peut écrire: « Bien des idées liées au thème général du devoir électoral appartiennent, à proprement parler, au camp totalitaire et sont déplacées dans le vocabulaire de la démocratie libérale.» (cité par Finley, Démocratie antique et démocratie moderne, p. 49) La liberté, dans une société qui se veut libérale, c’est d’abord la liberté de pouvoir se désintéresser de la politique. L’apathie politique serait un signe de tolérance et aurait un effet bénéfique sur l’ambiance de la vie politique parce qu’elle est un contrepoids aux fanatiques qui constituent le véritable danger qui menace les démocraties modernes. A contrario, l’exacerbation d’une conscience politique chez les individus est souvent un signe d’extrémisme et de fanatisme; ainsi Lipset peut écrire qu‘elle « touche particulièrement les mécontents, les déracinés, ceux qui ont connu l’échec ou qui se trouvent privés de contacts sociaux, sans sécurité économique, les gens peu instruits, peu évolués et dans tous les milieux ceux qui sont portés à l’autoritarisme. » (cité par Finley, Démocratie antique et démocratie moderne, pp. 128-129)
Ces thèmes ne sont pas nouveaux; on les retrouve déjà chez Platon lui-même qui était pourtant tout sauf un libéral ( cf. IIc) Examen critique des thèses platoniciennes) Ils inspirent pourtant toutes les politiques conduites dans les sociétés occidentales sous ce qu’on peut appeler « politique de dépolitisation » et qui vise à faire en sorte que le bon peuple reste essentiellement passif dans le champ politique; Lipset définit ainsi le cadre de ce que doit être un bon fonctionnement « démocratique »: « L’élément caractéristique, l’élément le plus précieux de la démocratie, c’est la formation d’une élite politique dans la lutte compétitive pour obtenir les votes d’un électorat essentiellement passif .» (ibid., p. 58) C'était déjà la thèse de Benjamin Constant (homme politique français défenseur du libéralisme 1767-1830): il estimait que dans les sociétés modernes où l'essentiel de la vie des individus est consacré à un travail abrutissant, ceux-ci n'ont ni le loisir ni surtout les compétences pour se former des opinions politiques éclairées raison pour laquelle il est préférable qu'ils conservent un rôle essentiellement passif dans la vie politique et laissent le poids des décisions à prendre à une élite formée pour cela. C'est rigoureusement la même idée que défendra Edward Bernays un siècle plus tard (1891-1995),neveu de Freud il est considéré comme le père des techniques au XXème siècle de propagande, de manipulation de l'opinion publique aussi bien dans le domaine de la publicité que dans celui de la politique). L'idée de Bernays est que dans les démocraties modernes il est nécessaire qu'il y ait une élite qui gouverne: "Notre démocratie ayant pour vocation de tracer la voie, elle doit être pilotée par la minorité intelligente qui sait enrégimenter les masses pour mieux les guider." Voltaire, en son temps, ne disait rien d'autre, lui qu'on présente pourtant comme l'incarnation de l'esprit des Lumières en France!Ce qui légitime les pratiques de manipulation de l'opinion  publique dans l'esprit de Bernays c'est  le fait que la grande masse des gens est incapable de penser et de s'élever à un niveau suffisant de discussion rationnelle nécessaire dans une démocratie. Il revient dès lors à la minorité intelligente de former l' opinion des masses par des techniques de communication qui font appel d'avantage à la dimension inconsciente et irrationnelle  de l'âme humaine qu'à la raison et la réflexion.
Les mots que nous employons nous posent ici un problème terrible; en particulier, le fait d'appeler aujourd'hui "démocratie" ce qui à l'origine a été conçu comme une alternative à la démocratie, le gouvernement représentatif dans lequel la population, comme on l'a vu, a un rôle essentiellement passif à jouer; c'est pourquoi, dès qu'elle abandonne cette passivité pour vouloir se mettre à jouer un rôle actif dans la vie politique, il s'agira non pas d'un mouvement démocratique dans le jargon de l'élite mais d'une "crise de la démocratie" à laquelle il faudra remédier pour ramener la population au rôle passif qui doit être le sien. Nous n'avons plus le mot pour nommer ce qu'est une "démocratie". Il a été détourné de son sens initial pour désigner une alternative à la démocratie:"L'effervescence des années 1960 a suscité des craintes comparables dans les cercles respectables. Leur expression la plus claire se trouve peut-être dans la première publication importante de la Commission trilatérale, [créée en juillet 1973]. Ce groupe était constitué pour l'essentiel d'internationalistes libéraux des trois principales puissances industrielles; l'Europe, le Japon et les Etats-Unis[...] La première publication de la Commission fut consacré à la "crise de la démocratie" qui avait surgi dans les trois régions du monde en question. Cette crise venait du fait que, dans les années 1960, de vastes secteurs de la population d'ordinaire passifs et apathiques, avaient cherché à faire entendre leurs intérêts et leurs préoccupations de manière organisée, et à entrer dans l'arène pour les défendre [...] Le naîf pourrait voir ces évolutions comme un pas en avant vers la démocratie; mais l'individu plus sophistiqué comprendra qu'il s'agit là d'un "excès de démocratie", d'une crise qui doit être surmontée en ramenant le " troupeau désorienté" à la place qui est la sienne: celle d'un spectateur, et non d'un participant à l'action." (Chomsky, Raison et liberté, pp. 233-234) C'est sous l'influence de penseurs libéraux comme Tocqueville qu'on a fini au XIXème siècle par nommer "démocratie" ce qui avait été initialement conçu comme une alternative à la démocratie, le gouvernement représentatif. Il y a là une énorme source de confusion car Tocqueville dans son ouvrage,  De la démocratie en Amérique n'employait pas le terme de "démocratie " pour désigner des institutions politiques mais pour faire une analyse sociologique de la société américaine:"Il y a une confusion qui pèse beaucoup sur les discussions contemporaines. Chez Tocqueville, le sens du terme "démocratie" n'est pas politique, il est sociologique. Il équivaut, en dernière analyse, à la suppression des statuts héréditaires, qui instaure une "égalité des conditions", au moins juridique." (Castoriadis, La montée de l'insignifiance, p. 66)





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire