Le jardin des délices. J. Bosch

mercredi 19 janvier 2011

2) Oeuvre choisie: Hannah Arendt, Réflexions sur la Révolution hongroise: le système des conseils

Dernière mise à jour, 22-03-2018

Notions du programme en jeu: la politique, l'Etat et la société, la liberté, la perception, l'histoire, la technique, la morale


a) L'échec du totalitarisme
Ce projet démentiel d’un contrôle total de l'Etat sur la société était, à l’époque des faits qui nous occupent, en 1956, beaucoup plus avancé en Russie que dans les « pays satellites » comme la Hongrie. Raison pour laquelle ce qui a pu se produire en Hongrie n'était même plus concevable en Russie. Il faut ici reprendre la distinction que fait Arendt entre contrainte par la terreur et contrainte par l'idéologie. En Russie, la domination était devenue totale car elle ne s'exerçait plus seulement par la terreur, sur les corps, mais aussi par l'idéologie, sur les esprits, ce qui veut dire, si on on reprend les termes de l'expérience de Asch, que les individus en étaient venus à croire d'avantage les autorités que ce que pouvaient leur montrer leur propre expérience de la réalité. Quand ne s'exerce qu'une contrainte par la terreur, comme c'était encore le cas pour les Hongrois, on ne contrôle pas la perception des individus pour façonner à sa guise leur représentation du monde. De cette façon, ils n'ont pas encore suffisamment intériorisés la domination, au point où ils n'arriveraient même plus à la ressentir comme telle.

1) Oeuvre choisie: Hannah Arendt, Réflexions sur la Révolution hongroise: le totalitarisme

Sujet retravaillé, le 07-04-2018.

Notions du programme en jeu: la politique, l'histoire, la société, l'Etat, la liberté, la vérité, autrui, la perception, le droit et la justice, la morale, le sujet, la conscience, l'inconscient

En complément, un texte de Castoriadis  portant également sur la Révolution hongroise de 1956: La source hongroise. On pourra encore consulter un large extrait du texte de H. Arendt, ici.

"Dans un monde aussi conflictuel, où victimes et bourreaux s'affrontent, il est, comme le disait Albert Camus, du devoir des intellectuels de ne pas se ranger aux côtés des bourreaux." (Howard Zinn)

Introduction
Hannah Arendt (1906 - 1975) est une philosophe majeure du XXème siècle. Son importance tient, entre autres raisons, à la façon dont elle a repensé de façon originale la politique par le biais d’une critique de la philosophie politique héritée de Platon, qui aurait dénaturé et perverti ce que les grecs ont inventé avec la polis (cité) démocratique. Pour des développements sur ce point, je renvoie aux éléments du cours, Le germe grec de la démocratie, 2d Examen critique des thèses platoniciennes).

lundi 3 janvier 2011

Qu'est-ce qu'un individu libre?

Introduction
Si cette question nous pose problème cela tient d’abord à la complexité de la notion de liberté et aux multiples dimensions de l’existence humaine qu’elle met en jeu. Les copies partent souvent de cette définition: l’homme libre est celui qui fait ce qu’il veut. Cette définition ne peut déboucher sur une réflexion philosophique que si je dégage tout ce qu’elle présuppose (= admet implicitement) pour le mettre en question. Par exemple:" faire ce que je veux" met en jeu une réflexion sur le sens de l'activité humaine; faire ce que je veux, c’est choisir moi-même l’activité que j'exerce; c’est le sens d’une activité librement consentie. Il est alors facile d’introduire la question du travail et de se demander s’il n’est pas le premier obstacle à la liberté; le travail n’est-il pas le type même de l’activité qu’on ne fait que contraint et forcé? D’autre part, comment se détermine ce que je veux? Ce que je veux ne peut-il pas être déterminé par des causes que j’ignore et que je subis? L’alcoolique qui boit sa dose d’alcool tout les jours est-il libre? L’électeur qui vote pour tel candidat sans connaître le contenu précis de son programme est-il libre? Suis-je libre quand je choisis entre la marque de lessive X ou Y? Une réflexion sur ce qu’est un homme libre ne peut ainsi se dispenser de s’interroger sur les motifs qui déterminent notre vouloir et qui constituent la base de nos actions. Nous voyons ainsi que la question de la liberté met en jeu une réflexion aussi bien sur la pensée que l’action l’humaine. C’est sur ces plans successifs que nous allons traiter la question.
Pour ces types de sujets qui n'appellent pas une réponse par oui/ non, le plan par analyse de niveaux marche bien, en général.
Ici je commencerai par distinguer  un plan psychologique puis  intellectuel où se pose la question qui mettent en jeu une réflexion sur le sens de la liberté de penser. Puis un plan social (le travail) et politique (la participation au pouvoir sous ses trois formes, exécutif, législatif et judiciaire) pour finir qui mettent en jeu une réflexion sur le sens de la liberté d'action.