Le jardin des délices. J. Bosch

samedi 31 mai 2014

2) Bleu-Blanc-Rouge, la tripartition du champ politique au XIXème siècle

Dernière mise à jour, le 18-07-2019

Notions du programme en jeu: la politique, la société et l'Etat, le droit et la justice, la liberté, l'histoire, la religion, le temps, la technique, le langage

Chevauchement des couleurs politiques

La première naissance du clivage droite-gauche.
On peut donc repartir de la Révolution française de 1789  pour comprendre le sens premier du clivage droite-gauche. Fixons comme point de repère la journée du 28 août 1789. Ce jour-là, les Constituants débattent à l'Assemblée nationale autour de la question du veto royal. Faut-il accorder au roi un pouvoir de s'opposer aux lois votées par l'Assemblée? Autrement dit, faut-il conserver un régime à dominante monarchique ou en appeler à une République? Face au président de la Constituante, les partisans du veto royal, monarchistes, se rangent à droite de la chambre, les républicains, opposés au veto, se rangent à gauche. Telle est l'origine de la métaphore spatiale droite-gauche structurant depuis lors le champ politique. La symbolique politique des couleurs du drapeau national fait, à l'origine, du bleu l'emblème du parti de gauche républicain et du blanc l'emblème du parti de droite royaliste, l'origine de ce dernier remontant à Henri IV (1590: le légendaire, "Rallliez mon panache blanc!").Pendant tout le XIXème siècle, droite et gauche conserveront ce sens premier. La droite se représentera comme le parti de l'ordre qui milite pour la conservation intégrale ou partielle des structures fondamentales de l'Ancien Régime, à savoir, la monarchie, l'Eglise et la noblesse héréditaire, et la gauche comme le parti du mouvement visant à renverser l'ordre existant.

mardi 20 mai 2014

1) Bleu-Blanc-Rouge: aperçus d'une philosophie et d'une contre histoire politiques modernes, introduction

Mise à jour, le 19-06-2019

Notions du programme en jeu: la politique, l'histoire, la société et l'Etat, le droit et la justice

"Dans un monde aussi conflictuel, où victimes et bourreaux s'affrontent, il est, comme le disait Albert Camus, du devoir des intellectuels de ne pas se ranger aux côtés des bourreaux." (Howard Zinn, Une histoire populaire des Etats-Unis, p. 15)

Les choses n'ont guère évolué depuis l'époque où Bertrand Russell faisait ce constat, pour son pays, l'Angleterre, dans les années 1920: "Quiconque désire éviter de devenir un criminel doit reconnaître qu'il est d'accord avec l'enseignement du Christ, mais doit éviter de dire ce qu'était cet enseignement." (Pensée libre et propagande officielle) La loi sur les blasphèmes interdisait alors de dire du mal de la religion chrétienne, mais il était, en même temps, défendu d'enseigner en quoi consiste cette religion, sans quoi il aurait été impossible de justifier quelque guerre que ce soit, non plus que l'enrichissement au détriment des autres comme motivation principale de la vie humaine au nom d'un message prêchant  la non violence et le dénuement radical. A la lumière de ce fait divers, « François Thonier , 70 ans, était jugé hier pour avoir brûlé deux drapeaux français après la cérémonie du 11-Novembre. Le débat a porté sur la notion d'outrage. »(La dépêche du Midi du 19/12/2012 ) et de l' ignorance générale qui règne touchant la signification du drapeau national français, nous pouvons nous autoriser à donner la version laïque de la schizophrénie actuelle: quiconque désire éviter de devenir un criminel doit reconnaître le caractère sacré du drapeau national mais doit éviter aussi de réfléchir à ce qu'il peut bien signifier.

dimanche 18 mai 2014

4) Toute morale est-elle contre-nature?

à 5', extinction de l'empathie avec les "progrès" de l'armement militaire dans le documentaire Chomsky et compagnie.

4) Le facteur institutionnel dans le développement des dispositions morales
a)Dispositifs qui affaiblissent l'empathie
Nous avons reconnu que l'être humain à cette faculté supérieure de pouvoir mettre en question ses propres institutions pour les transformer et faire, dans une certaine mesure, sa propre histoire. D'où la question décisive à poser: quel genre d'institutions favorise ou entrave le développement de la pulsion prosociale? Il y a ici encore des enseignements à tirer pour l'être humain de l'éthologie. Certaines expériences menées sur des singes capucins montrent par quels procédés artificiels il est possible d'affaiblir la pulsion prosociale. On peut en décrire trois dont on peut montrer leur pertinence jusque dans les sociétés humaines. Repartons des expériences faites sur les singes capucins pour tester leur niveau d'altruisme, qui consistent à leur faire choisir entre des jetons égoïstes qui leur donnent une récompense à eux seuls et des jetons prosociaux qui récompensent, en outre, leur voisin. Comme nous l'avions vu, "nos singes préféraient à une majorité écrasante l'option prosociale, prouvant ainsi leur souci d'autrui." (de Waal, L'âge de l'empathie, p. 283) Cependant, on peut définir trois variantes au protocole expérimental qui vont affaiblir le comportement altruiste:"Mais l'égoïsme rôde toujours au coin du bois. En testant  les deux options chez les capucins, nous avons découvert trois façons d'annuler leur tendance à être sociables." ( ibid., p. 284) On verra que la  même problématique se repose concernant les sociétés humaines et certains de ses mécanismes institutionnels qui désincitent et découragent les comportements prosociaux.

jeudi 15 mai 2014

3) Toute morale est-elle contre-nature?

poupée russe symbolisant l'emboîtement des trois formes d'empathie

3) La strate spécifiquement humaine de la morale
a) Les capacités méta cognitives: le dernier étage de la morale
Ce qu'il peut y avoir de spécifiquement humain dans la morale ne s'oppose pas à la nature mais fait émerger de nouvelles capacités qui s'étayent sur une strate naturelle. Ce qui est en jeu ici, ce sont certaines  capacités méta cognitives que sont  l'introspection, la maîtrise de soi et le décentrement de son existence; c'est par leur développement que l'être humain accède aux formes les plus élevées de moralité.  Si les capacités  complexes d'empathie imaginative existent déjà chez les animaux sociaux les plus évolués, comme nous l'avons constaté, l'être humain semble pouvoir leur donner de nouveaux développements qui les portent encore plus loin et qui n'impliquent pas seulement la dimension morale de son existence.

jeudi 8 mai 2014

2) Toute morale est-elle contre nature?

Consolation chez les bonobos
                                            
2 Les bases naturelles de la morale
a) Reconceptualisation de la notion de darwinisme social (voir aussi, La gestion libérale de la superfluité humaine: la fable des chèvres et des chiens)
La confusion dans laquelle  tombent ces théories de l'évolution  mettant en avant la cruauté, la compétition et l'égoïsme comme traits dominants de la nature est ce que l'éthologue Frans de Waal appelle "l'erreur de Beethoven"; on sait que celui-ci composa ses oeuvres parmi les plus remarquables dans un taudis. L'erreur serait de croire que puisqu'il vivait dans un tel environnement, il n'a pu produire que des choses affreuses. Appliquée à la biologie, "l'erreur de Beethoven consiste à croire que, puisque la sélection naturelle est un processus d'élimination cruelle et sans pitié, elle n'a pu que produire des créatures elles-mêmes cruelles et sans pitié." ( F. de Waal, Primates et philosophes, p. 89) Tomber dans cette erreur, c'est se rendre aveugle au fait que la sélection naturelle a pu favoriser, dans certains contextes, des formes d'entraide, de coopération, d'altruisme et de bienveillance mutuelle comme facteur propice à la survie des espèces.

mardi 6 mai 2014

1) Toute morale est-elle contre-nature?

 Dernière mise à jour, le 15-04-2018

Introduction
"Tu ne tueras pas", "Tu ne voleras pas", "Tu n'auras pas de rapport incestueux" etc. Les commandements moraux ne semblent trouver leur sens que parce que, spontanément, nous sommes enclins à les transgresser. Il n’y aurait guère de sens à interdire le meurtre si personne n’était tenté de le commettre. En ce sens, nous sommes conduits à penser que la morale n’existe que pour lutter contre nos penchants naturels qui nous conduiraient sinon à retourner à notre état primitif de sauvagerie. Cette approche de la question rencontre cependant vite ses limites. Elle ne laisse d’abord guère de perspective réjouissante quant à l’avenir de la civilisation. Sous une mince croûte de civilité, le magma des instincts bestiaux et sauvages serait toujours prêt à refaire surface. La civilisation ne pourrait gagner péniblement du terrain qu'au prix de la violence qu’elle devrait infliger à notre nature. La "civilisation", dans ce contexte, ne peut apparaître que comme "un gouvernement du corps indompté, un vernis de contrôle sur une sauvagerie fondamentale." (Sahlins, La découverte du vrai sauvage, p. 374) Mais, il n'est pas du tout sûr qu'une telle représentation d'une supposée "nature humaine", ainsi constituée, soit fondée. Déjà, elle s'accorde bien mal avec le concept d’évolution que les sciences naturelles de la vie sont parvenues à élaborer. Si la morale allait à l’encontre de la nature par quel miracle aurait-elle pu germer dans le crâne d’un être qui est censé être le produit de millions d’années d’évolution? Nous soutiendrons, dans un premier temps, l'hypothèse suivant laquelle la pensée occidentale s'est massivement fourvoyée en confondant la vie primitive humaine avec un stade ultérieur d'évolution, à partir duquel seulement les comportements égoïstes tendent à proliférer. L'occultation du véritable mode de vie primitif de l'humain, et sa confusion avec un stade ultérieur de développement social historique,  a conduit à faire de l'égoïsme, à tort, le trait naturel et dominant de la nature humaine. Cette conception faussée a orienté massivement la philosophie morale (mais aussi politique) de l'Occident dans les voies sans issue d'un combat sans fin de la civilisation contre les instincts supposés naturellement asociaux de l'être humain. Cette critique de la pensée occidentale nous amènera à une complète reconceptualisation  de ce que l'on entend habituellement par "darwinisme social", et à établir solidement, sur la base des acquis les plus récents de l'éthologie (étude du comportement animal) et des neuro sciences, la strate naturelle remontant aux origines mêmes de la vie, sur laquelle la morale humaine a pu s'étayer. Il s'agira de comprendre finalement ce qui, dans la morale humaine, transcende et dépasse la nature sans pour autant s'y opposer. Le dernier étage de l'édifice de la morale, spécifique à l'être humain, mettra en jeu une réflexion sur ses plus hautes capacités méta cognitives, en particulier, celle de l'autonomie dans sa dimension non seulement morale mais aussi politique. Il s'agira de l'articuler ensuite à une éthique féminine du "care" qui intègre l'importance primordiale d'une base émotionnelle à la morale, profondément ancrée dans l'évolution de la vie, bien au-delà de la seule espèce humaine. Nous pourrons alors finir de reconceptualiser la notion de nature humaine à partir de  l'importance  du facteur institutionnel qui la détermine de façon décisive. Quels types d'institutions encouragent le développement des pulsions prosociales et bienveillantes à l'égard d'autrui? Les institutions des sociétés modernes sont-elles propices à leur émergence? Sinon, pour quelles raisons?

samedi 3 mai 2014

3- Hiérarchisation des principes d'intégration socio-économique dans une société complexe suivant un socialisme de liberté

Notions du programme en jeu: la politique, la liberté, l'histoire, la société et l'Etat, les échanges

Pratique et théorie d'un socialisme de liberté
Il n'est pas d'abord une construction théorique, un programme politique qu'il s'agirait d'appliquer et d'administrer à la société. C'est pourquoi, pour en approfondir le sens, il nous semble crucial de ne pas partir  de théories élaborées par des intellectuels  mais des pratiques que les gens inventent eux-mêmes. Trop souvent, l'histoire du socialisme s'est réduite à une histoire des idées élaborées par des théoriciens en ignorant les origines toute pratique et populaire du mouvement. Comme le prétendait Castoriadis, "l'essentiel des thèmes socialement et politiquement pertinents utilisés par Marx est déjà engendré et explicitement formulé entre 1790 et 1840 par le mouvement ouvrier naissant, et tout particulièrement par le mouvement anglais." (Castoriadis, La question de l'histoire du mouvement ouvrier; voir p. 42 pour des développements)(1)