jeudi 3 janvier 2013

Sommes-nous prisonniers du temps?

Mise à jour, 29-05-2018


Introduction
Le temps semble être de prime abord ce qui marque la finitude de notre existence. Chronos, son symbole divin, dévorait ses enfants dans la théogonie (genèse des dieux) du poète grecque du VIIIème siècle avant J.-C., Hésiode. Tout ce qui est soumis à son régime paraît voué à la destruction et la mort, ce qui marque les limites absolues de notre pouvoir. L'écho de cette expérience du temps se retrouve dans les diverses métaphysiques qui opposent la plénitude de l'éternité au vide et au non être de ce qui est soumis à la loi du devenir. En ce sens, on peut bien dire que nous sommes condamnés à vivre dans la prison du temps. Mais, nous observerons tout de suite que cette dimension ne suffit pas à épuiser notre expérience du temps. Celle-ci se constitue aussi, pour une autre part essentielle, dans une certaine façon d'instituer socialement le temps. Le temps de vivre n'est pas nécessairement le même que le temps de travailler. Le temps libre de l'otium latin n'est pas le temps serf (asservissant) du neg-otium (négation de l'otium), qui a donné le mot de "négoce", le commerce, l'activité devenue centrale dans les sociétés modernes modelées par le capitalisme. Que nous reste-t-il dès lors de ce temps libre? Ne voyons-nous pas apparaître le fait que la question se pose alors sous un jour entièrement nouveau? Si le temps est, pris en ce second sens, une institution des sociétés humaines, il peut, dans cette mesure, être transformé par les individus sociaux eux-mêmes. Il n'a plus alors à être nécessairement vécu sur le mode d'une prison qui nous enferme. N'y-t-il pas dès lors, divers régimes de la temporalité qui, en fonction de la façon dont ils sont institués socialement, peuvent être plus ou moins oppressants? Et, n'y-a-t-il pas une temporalité qui serait propre à l'expression de la liberté humaine? On en revient alors  à la signification de quelque chose comme l'otium latin dont l'équivalent grec était la skholé, qui a donné le mot "école", par un étrange renversement des choses, s'il est vrai, comme le pensait le philosophe Cornelius Castoriadis, que l'école n'est pas une institution à réformer mais une prison à détruire. Plus généralement, on se demandera ici si le monde moderne ne pourrait pas se définir comme une certaine façon d'instituer socialement la domination du temps sur la vie humaine, comme semble en témoigner les innombrables pathologies mentales dont le burn out (épuisement au travail), n'est qu'une des formes, la plus médiatisée, que l'on constate aujourd'hui partout, avec l'impression étouffante d'être pressé de toutes parts par le temps, et ce, dès le plus jeune âge (il faut se dépêcher pour ne pas arriver en retard à l'école, pour rendre ses devoirs à  temps, pour finir dans les délais ses contrôles sur table, etc.)? Et, dans ce cas, est-il loisible de nous en évader pour retrouver quelque chose comme un temps libre? Et, à quoi celui-ci pourrait-il ressembler précisément?