Le jardin des délices. J. Bosch

jeudi 17 mai 2012

Karl Marx: de l'ascension sociale

Même lorsqu'un homme sans fortune obtient du crédit en tant qu'industriel ou commerçant, c'est qu'on a confiance qu'il va se conduire en capitaliste, s'approprier à l'aide du capital prêté du travail non payé. On lui accorde du crédit en tant que capitaliste en puissance. Et même le fait, qui suscite tant d'admiration de la part des apologistes de l'économie politique, qu'un homme sans fortune, mais énergique, sérieux, capable et versé dans les affaires, puisse de cette façon se transformer en capitaliste [...] ce fait, même s'il fait entrer sans cesse en lice contre eux toute une série de nouveaux chevaliers d'industrie, dont les capitalistes individuels déjà en place se passeraient bien, renforce cependant la domination du capital, en élargissant sa base et en lui permettant de recruter toujours de nouvelles forces dans le soubassement social sur lequel il repose. Tout comme pour l'Église catholique au Moyen Âge, le fait de recruter sa hiérarchie sans considération de condition sociale, de naissance, de fortune, parmi les meilleurs cerveaux du peuple, était un des principaux moyens de renforcer la domination du clergé et d'assurer le maintien des laïcs sous le boisseau. Plus une classe dominante est capable d'accueillir dans ses rangs les hommes les plus importants de la classe dominée, plus son oppression est solide et dangereuse. 
Karl Marx 1867, Le Capital, Livre III, Cinquième section.

La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Introduction
a)Thème du texte
C'est une opinion largement partagée de considérer qu'une société qui offre à tous ses membres, quelque soient leurs conditions sociales de départ, des possibilités de réussite, est une société juste. Tel est le principe sur lequel s'appuie l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme:"Tous les citoyens, étant égaux aux yeux de la loi, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents."C'est ce qu'on appelle aujourd'hui le principe de l'égalité des chances dont une institution comme l'école est chargée de faire la promotion en permettant aux enfants issus des milieux les plus modestes, par la seule vertu de leur travail, d'espérer obtenir un meilleur statut social que leurs parents.
b)Thèse du texte
Ce texte interpelle et dérange car il va justement à rebours de cette opinion dominante. Son idée sera de dire, au contraire, qu'une société fondée sur des rapports de domination entre classes sociales et qui offre à chacun des possibilités d'intégrer les échelons supérieurs de la société renforcera d'autant mieux le système de domination qui la constitue.
c)Ordre logique du texte
Marx procède ici par induction en allant du particulier au général. Il part de l'analyse des conditions de reproduction du système de domination dans le capitalisme moderne pour montrer, ensuite, qu'elles étaient similaires dans la société religieuse du Moyen Age, ce qui l'autorise finalement à en tirer une loi générale sur la façon dont un système domination peut se renforcer dans le cadre d'une société hiérarchisée en classes sociales.

mardi 15 mai 2012

Faut-il souhaiter la disparition de l'Etat providence?

Dernière mise à jour, le 16-07-2019

Introduction
Poser le problème: je partirai de l’orthodoxie libérale actuelle qui consiste à présenter l’Etat providence comme un monstre étouffant qui doit produire une société d’assistés attendant tout de l’Etat. C’est en vertu de ce motif qu’on se pense autorisé à démanteler l’Etat social venant en aide aux couches les plus pauvres de la société. Mais cette façon de présenter les choses ne relève-t-elle pas tout simplement de l’escroquerie intellectuelle? En effet, ce que cache cette orthodoxie , n’est-ce pas une pratique qui a institutionnalisé l’Etat providence mais, cette fois-ci, au service des plus riches?
Démarche.
Je pars de l’exposé de l’orthodoxie du néo libéralisme, qui, au nom d’une critique de l’Etat providence prétend légitimer une politique de démantèlement de l’Etat social en faveur des plus pauvres pour laisser opérer, pour reprendre la formule de R. Reagan, "le miracle du marché" autorégulé censé profiter à tous, et, en premier lieu, aux couches les plus pauvres de la société. Il s’agira, dans un deuxième temps de soumettre cette orthodoxie à une critique radicale pour révéler l’escroquerie intellectuelle qu’elle constitue puis de voir par quel appareil de propagande elle a pu finir par s'imposer assez largement dans l'imaginaire de ceux-là même qui ont à en subir les conséquences ce qui nous donnera, au passage, un élément de réponse à la question-titre du livre de T. Frank, Pourquoi les pauvres votent à droite? En réalité, comme on le verra pour finir, c'est le capitalisme lui-même qui est à l'origine du développement d'un Etat tentaculaire. Il faudra alors poser aux libéraux actuels cette question de savoir pourquoi on constate, sur un temps long, que plus il y a de marché et plus il y a d'Etat, aux antipodes de leur pronostic du dépérissement de ce dernier à mesure que le marché devait toujours plus déployer sa logique?