Le jardin des délices. J. Bosch

mardi 7 décembre 2010

Sigmund Freud, L'avenir d'une illusion

Ce fondement rationnel de l’interdit du meurtre, nous ne le communiquons pas, mais nous affirmons que c’est Dieu qui a édicté l’interdit […] En procédant ainsi, nous revêtons l’interdit culturel d’une solennité toute particulière, non sans risquer par là de faire dépendre son observance de la croyance en Dieu. Si nous revenons sur cette démarche, n’imputant plus notre volonté à Dieu et nous contentant de fonder socialement l’interdit culturel, nous avons certes renoncé à le transfigurer, mais nous avons,du même coup, évité de le mettre en danger. Mais nous gagnons aussi autre chose. Par une sorte de diffusion ou d’infection, ce caractère du sacré, de l’inviolable, de l’au-delà, pourrait-on dire, propre à quelques rares grands interdits, s’est étendu à tous les autres dispositifs, lois et décrets culturels. Mais ces derniers, bien souvent, portent mal l’auréole du sacré, non seulement parce qu’ils se dévaluent eux-mêmes mutuellement en prenant des décisions opposées en fonction du temps et du lieu, mais aussi parce qu’ils arborent par ailleurs tous les signes de la déficience humaine.[…] Il y aurait un avantage indubitable à laisser Dieu tout à fait hors jeu et à admettre honnêtement l’origine purement humaine de tous les dispositifs et prescriptions culturels. En même temps que le caractère sacré revendiqué par les commandements et lois, tomberaient aussi leur rigidité et leur immutabilité. Les hommes pourraient comprendre que ceux-ci sont créés non pas tant pour les dominer que bien plutôt pour servir leurs intérêts, ils établiraient avec eux un rapport plus amical, se fixeraient pour but au lieu de les abolir, de seulement les améliorer.

Sigmund Freud, L’avenir d’une illusion (1927)

La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.


Introduction.
L'essentiel d'une introduction doit contenir:
a)Le thème du texte= la question de fond dont traite le texte qui peut être formulée sous la forme d'un sujet de dissertation.
b)La thèse du texte qui pourra être débattue, approfondie.
c)La problématique pour expliquer de façon ordonnée le texte et traiter le problème qu'il pose.
Exemple.
(Thème) Que vaut-il mieux? Que les hommes croient en l'origine divine des lois qu'une société se donne? L'illusion qui consisterait à croire faussement en cette origine divine ne serait-elle pas nécessaire pour asseoir l'autorité des lois? Ou alors vaut-il mieux des hommes lucides qui reconnaissent l'origine purement humaine de ces lois? (Thèse) Le propos de Freud est de dire que les hommes ont tout intérêt à se défaire des croyances religieuses pour admettre leur origine purement sociale. (Problématique) D'où les deux questions que nous traiterons dans l'ordre: primo, pourquoi y-a-t-il beaucoup plus d'inconvénients que d'avantages à croire en l'origine divine des lois? c'est l'objet de la première partie du texte (l. 1 à 16). Secundo, que gagnons-nous à admettre l'origine purement humaine des interdits de la culture? c'est l'objet de la seconde partie du texte (l. 16 à la fin).
(Jusque là je ne fais que construire de façon ordonnée le cadre de mon explication du texte. Il faut enfin, pour faire un travail qui sortira du lot, que je fasse ressortir dans une dernière partie le problème que mon travail d'explication a fini par soulever. Celui-ci n'apparaît pas toujours immédiatement mais seulement à mesure que je développe mon explication. D'où, le conseil de ne rédiger l'introduction, qu'une fois rédigé le développement, pour être sûr qu'elle concorde avec ce que j'ai développé )
Fin de la problématique: Enfin, si nous y réfléchissons bien, il apparaît que le propos de Freud s'inscrit dans une très longue tradition qui remonte à l'invention grecque de la politique et du débat démocratique et qui vise à l'institution d'une société pleinement autonome= société qui a reconnu l'origine purement humaine des lois et qui se donne pour projet de faire participer tous ses membres à leur élaboration/discussion/vote=projet de la démocratie= à comprendre par opposition aux formes hétéronomes de société. Certes, nous ne croyons plus guère dans l'origine divine des lois culturelles. Est-ce pour autant que notre société est devenue pleinement autonome? Et sinon, qu'est-ce qui nous empêche aujourd'hui d'entretenir avec les lois ce "rapport plus amical" que le texte de Freud semble appeler de ses vœux?