jeudi 27 octobre 2011

Sur le signifiant "terrorisme" partie 2

Pour la partie précédente voir ici

Le sens orwellien de la "guerre contre le terrorisme"

Proposition
L’actuelle « guerre contre le terrorisme » que mène les grandes puissances occidentales dans le monde, avec, à leur tête, les Etats-Unis, s’inscrit dans la droite ligne de cette longue histoire de conquête du monde par la stratégie de la terreur.
L'expression  "guerre contre le terrorisme" désigne, en réalité, autre chose que ce qu'elle est censée signifier pour au moins deux raisons:
a) Car elle désigne, en, réalité, la pratique du terrorisme et ce , sur une échelle telle, qu'elle n'a aucun équivalent dans le monde.
b) Le deuxième point est la conséquence logique du premier: cette "guerre contre le terrorisme" , en réalité, ne fait que stimuler la tentation du terrorisme partout où elle est conduite dans le monde en entraînant une "montée aux extrêmes" des conflits.

Scolie
Peut-il y avoir un sens autre que orwellien ( sera appelé « orwellien » tout usage mensonger des mots qui désignent alors le contraire de ce qu’ils sont censés signifier; par exemple, ici, appeler « guerre contre le terrorisme » la pratique à grande échelle du terrorisme) de cette guerre dès lors que la surabondante documentation que réunit quelqu’un comme Chomsky amène à conclure que le premier de tous les Etats terroristes ce sont les USA? « Terroriste » doit être pris ici en son sens premier et littéral de celui qui fait régner la terreur. Quelle autre puissance au monde détiendrait le pouvoir de faire subir à la Corée, au Cambodge, au Laos, au Vietnam, à l’Irak, à l’Afghanistan etc. ce que les USA leur ont fait subir? Nous avons à faire ici à des guerres terroristes au sens le plus rigoureux du terme, c’est-à-dire, à des guerres qui ont pour stratégie la terreur.
Il faut développer ici un peu longuement quelques exemples.
Au Vietnam, de 1964 à 1975, c’est une véritable guerre d’anéantissement qui a été conduite. Comme le note un conseiller du gouvernement américain comme Arthur Schlesinger, la stratégie conduite découlait de "la décision de mener une guerre aérienne illimitée, à l’intérieur [ du Vietnam du Sud], au prix de sa dévastation totale " (cité par Chomsky, Futurs proches, p.154); ce qui correspondait, de façon pragmatique, à des ordres comme celui que donnait H. Kissinger ( un des innombrables criminels de guerre qu’a produit l’administration américaine et qui sera récompensé du prix Nobel de la paix en 1973 ce qui en dit long sur la tournure orwellienne de ce genre d’institutions ) aux bombardiers américains: "Tout ce qui vole contre tout ce qui bouge." Le Vietnam ne sera plus , au sortir de cette guerre, comme le note encore Schlesinger, que ""ce tragique pays éviscéré et dévasté par les bombes, brûlé par le napalm, stérilisé par le défoliant chimique, une terre en ruines, une épave" dont le « tissu politique et institutionnel » aura été pulvérisé." (Chomsky, ibid., p.155) H. Zinn donne le chiffre effarant de « sept millions de tonnes de bombes […] larguées sur le Vietnam- plus de deux fois la quantité de bombes tombées en Europe et en Asie pendant la Seconde Guerre mondiale. On estime à une vingtaine de millions le nombre de cratères formés par ces bombes dans le pays. » (Une histoire populaire des Etats Unis, p. 540-541) Bernard Fall pouvait ainsi parler de la situation en ces termes en 1967:"le Vietnam comme entité culturelle et historique[…] est menacé d’extinction [tant] les campagnes agonisent littéralement sous les coups de la plus énorme machine militaire qui se soit jamais déchaînée sur une région de cette taille." (Last Reflections on a War cité dans Chomsky et Herman, La fabrication du consentement, p.369)
Le cas actuel de l’Irak est un des derniers de la longue liste de ces effroyables guerres terroristes; la liste des atrocités serait longue à développer; elle aboutirait à ce bilan que dressait le journaliste Nir Rosen dès 2007 dans un article intitulé « la mort de l’Irak »:"L’Irak est mort, écrivait-il, et ne se relèvera pas. L’occupation américaine a été plus désastreuse que celle des Mongols qui avaient saccagé Bagdad au XIIIème siècle. […] Seuls les idiots osent encore parler de "solutions". Il n’y a pas de solution. Le seul espoir qui reste, c’est celui de limiter les dégâts."(cité par Chomsky, Futurs proches, p.160)Vont dans le même sens les déclarations de diplomates onusiens aussi respectés que Denis Halliday et Hans von Sponek démissionnaires de leur poste d’administrateur à l’ONU. Suite à l’embargo décrété sous la dictée des américains, le premier l’a fait « en guise de protestation, ayant constaté que ces politiques étaient  "génocidaire"s. Il jugeait que les sanctions qu’il avait été chargé d’appliquer « avaient été conçues et maintenues dans le but de tuer des civils, en particulier des enfants », et qu’on avait laissé mourir plus d’un million de personnes des suites des sanctions imposées par l’ONU. […] Le successeur de Halliday, Hans von Sponeck, a démissionné au bout de deux ans, ayant conclu que les sanctions violaient la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. » (Chomsky, ibid., p.162) Comme le conclut avec une implacable logique Chomsky, s’il fallait appliquer les critères qui étaient ceux du procès de Nuremberg pour juger des criminels de guerre nazis comme von Ribbentrop, les plus hauts responsables américains devraient se retrouver aujourd’hui avec une corde autour du cou.
Cette stratégie de la terreur se trouve parfaitement exposée dans un rapport du Stratcom, un organisme de l’armée américaine, paru en 1995 et intitulé, "Eléments essentiels à la dissuasion dans l’après guerre froide" que Chomsky qualifie sobrement de "stupéfiant":L’évolution de la situation internationale y est décrite en des termes qui ne laisse guère de place pour de doux rêves de paix: on est ainsi passé d’un «milieu riche en armes [l’URSS] à un milieu riche en cibles [le tiers-monde] » (cité par Chomsky, FP, p.208) Dans ce contexte, poursuit le rapport, il serait  "dommageable de donner de nous-mêmes une image trop rationnelle et modérée.(sic)" Il faut faire comprendre au monde, geste à l’appui, « que les Etats unis peuvent se montrer irrationnels et vindicatifs si l’on s’en prend à leurs intérêts vitaux et que certains de leurs éléments pourraient perdre toute retenue »(ibid., p208) Le chef de l’état major américain Colin Powell était sur la même longueur d’onde lorsqu’il déclarait à cette époque, en écartant toute idée d'une baisse significative du budget militaire:"Je veux que le reste du monde demeure terrifié. Et je ne dis pas ça de manière agressive.(sic)" (cité par H. Zinn, ibid., p.666)
A suivre...

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