Le jardin des délices. J. Bosch

vendredi 3 janvier 2020

Baron Charles Dupin, de la perfection lucrative (plan détaillé suivant une grille de lecture marxienne)

 Mise à jour, 01-06-20


 " Il y a donc un avantage extrême à faire opérer infatigablement les mécanismes en réduisant à la moindre des durées les intervalles de repos. La perfection lucrative serait de travailler toujours[...]. On a donc introduit dans le même atelier les deux sexes et les trois âges exploités en rivalité [...], entraînés sans distinction par le moteur mécanique vers le travail prolongé, vers le travail de jour et de nuit pour approcher de plus en plus le mouvement perpétuel."
Charles Dupin, Discours à la Chambre des pairs, 1847
A la mémoire de cette civilisation reposant sur des bases complètement cintrées.

I Vers l'idéal de "perfection lucrative"

a) L'utopie directrice du mouvement perpétuel

b) Du système de la fabrique à celui de l'usine

"La difficulté principale ne consistait pas tant dans l'invention d'un mécanisme automatique.. .la difficulté consistait surtout dans la discipline nécessaire, pour faire perdre aux ouvriers leurs habitudes irrégulières dans le travail, et les identifier avec la régularité immuable du grand automate." (A. Ure cité par Marx, Le capital, Livre I, p. 505)

Système de la fabrique
Domination formelle du capital sur le travail
Travail à la main, non-linéaire
Pluri-activité
Figure de l'exploité: l'ouvrier-paysan
Equilibre ville-campagne
Flexibilité subie par le patron
Résilience supérieure au détriment de l'efficacité
Formes de résistance au capitalisme: anarcho-syndicalisme, socialisme de liberté

Système de l'usine 
Domination réelle du capital sur le travail
Machinisme, travail linéaire
Mono-activité
Figure de l'exploité: le prolétaire
Désertification rurale, conurbation
Flexibilité subie par l'employé
Efficacité supérieure au détriment de la résilience
Formes de résistance au capitalisme: marxisme-léninisme, socialisme autoritaire


II Les grands moyens de la "perfection lucrative": la mobilisation générale au travail. 

a) Le dressage institutionnel à la valeur-travail  
"La loi de 1833 déclare que la journée de travail ordinaire dans les fabriques doit commencer à 5 h. 1/2 du matin et finir à 8 h. 1/2 du soir." (Marx, Le capital, Livre I, p. 358)

"En Angleterre, par exemple, on vit de temps à autre dans les districts ruraux quelque ouvrier condamné à la prison pour avoir profané le sabbat en travaillant devant sa maison dans son petit jardin. Le même ouvrier est puni de rupture de contrat s'il s'absente le dimanche de la fabrique..." (ibid., p. 347)

b) Le travail de jour et de nuit. Un nouveau concept du jour: la nuit c'est encore le jour. 
 "La prolongation de la journée de travail au-delà des bornes du jour naturel, c'est-à-dire jusque dans la nuit [...] n'apaise qu'approximativement la soif du vampire pour le sang vivant du travail. La tendance immanente de la production capitaliste est donc de s'approprier le travail pendant les 24 heures du jour." (Marx, Le capital, Livre I, p. 345) 
  
"Après des siècles d'efforts, quand le capital fut parvenu à prolonger la journée de travail jusqu'à sa limite normale maxima, et au-delà jusqu'aux limites du jour naturel de 12 heures, alors la naissance de la grande industrie amena dans le dernier tiers du XVIIIème siècle une perturbation violente qui emporta comme une avalanche toute barrière imposée par la nature et les moeurs, l'âge et le sexe, le jour et la nuit. Les notions mêmes de jour et de nuit, d'une simplicité rustique dans les anciens statuts, s'obscurcirent tellement qu'en l'an de grâce 1860, un juge anglais dut faire preuve d'une sagacité talmudique pour pouvoir décider "en connaissance de cause" ce qu'était la nuit et ce qu'était le jour." (ibid., p. 356-357)

c) Le travail des enfants, des vieux et des femmes. Prolétaires de tous les âges, de tous les sexes (et de tous les pays), concurrencez-vous!

l'encerclement du travailleur

Le travail des enfants 
"Quand les agents et sous-agents du commerce de chair humaine eurent parcouru à peu près sans résultat, en 1860, les districts agricoles, les fabricants envoyèrent une députation à M. Villiers, le président du Poor Law Board (1), "pour obtenir de nouveau qu'on leur procurât comme auparavant des enfants pauvres ou des orphelins des workhouses.(2)"" (Marx, Le capital, Livre I, p. 351)

"Il faut surtout ne pas perdre de vue que l'admission des enfants dans les fabriques, dès l'âge de huit ans, est pour les parents un moyen de surveillance, pour les enfants un commencement d'apprentissage, pour la famille une ressource." (Cunin-Gridaine, ministre de l'agriculture et du commerce, Exposé des motifs de la loi de 1841)


III Problème: doit-on prendre soin de la "marchandise-travail"?  Oui et non
a) Non
"Quand la  forme d'une société est telle, au point de vue économique, que ce n'est point la valeur d'échange mais la valeur d'usage qui y prédomine, le surtravail est plus ou moins circonscrit par le cercle de besoins déterminés; mais le caractère de la production n'en fait pas naître un appétit dévorant. Quand il s'agit d'obtenir la valeur d'échange sous sa forme spécifique, par la production de l'or et l'argent, nous trouvons déjà dans l'antiquité le travail le plus excessif et le plus effroyable. Travailler jusqu'à ce que mort s'ensuive devient alors la loi." (Marx, Le capital, Livre I, p. 339-340)

"Le capital ne s'inquiète point de la durée de la force de travail. Ce qui l'intéresse uniquement c'est le maximum qui peut en être dépensé dans une journée. Et il atteint son but en abrégeant la vie du travailleur, de même qu'un agriculteur avide obtient de son sol le plus fort rendement en épuisant sa fertilité." (ibid., p. 348)

"Dans toute affaire de spéculation chacun sait que la débâcle viendra un jour, mais chacun espère qu'elle emportera son voisin après qu'il aura lui-même recueilli la pluie d'or au passage et l'aura mis en sûreté. Après moi le déluge! telle est la devise de tout capitaliste et de toute nation capitaliste. Le capital ne s'inquiète donc point de la santé et de la durée de la vie du travailleur, s'il n'y est pas contraint par la société." (Souligné par l'auteur, ibid., p. 354)

b) Oui
"Avec des classes ouvrières faibles et ignorantes, la lutte industrielle ne serait plus possible et l'avenir appartiendrait au pays qui aurait le plus fait pour améliorer sa population ouvrière. Cette conviction, messieurs, nous la puisons non pas dans des spéculations toutes humanitaires, mais dans l'expérience et l'étude des faits; tous les hommes qui se sont préoccupés des meilleures conditions économiques du travail, reconnaissent aujourd'hui que tout ce qui peut rendre la population ouvrière plus intelligente, plus morale et plus forte, donne à l'industrie des éléments de succès qui compensent largement les sacrifices apparents ou même réels qu'elle peut imposer momentanément pour atteindre un résultat qui, aux yeux d'hommes superficiels, pourrait ne paraître réclamé qu'au nom de l'humanité." (Rapport de la commission de travail des enfants dans les manufactures, 6 janvier 1846, France)

c) La fin de l'instituteur-artisan et les débuts d'une école moderne: prendre les habitudes "du grand automate"


IV Actualité du texte: "roll back agenda" = contre-offensive "néolibérale" et relâchement de la contrainte de la société
a) Bilan à la sortie des années 1960 pour le capitalisme = double problème:
-économiquement, problème mineur, la part excessive des salaires
-politiquement, problème majeur, la crise de gouvernabilité
"Le salaire n'est pas le vrai problème, et l'industrie italienne peut digérer des augmentations. Mais à condition que le travail puisse être organisé et que la production marche. L'Italie a accompli son miracle économique parce qu'elle a travaillé avec créativité et ardeur. Mais, aujourd'hui, un esprit de continuelle rébellion, de la politique du pire, d'agitation désordonnée semble prévaloir." (Président d'Alfa-Romeo, 11 mai, 1970, cité par Boltanski et Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, p. 694)

"Le mouvement de protestation  dans les entreprises à la fin des années 60 et au début des années 70 touche la plupart des pays d'Europe occidentale [...]En outre, dans ces différents pays on assiste durant la période à une radicalisation des formes d'action telles qu'occupations, expulsions de la direction, séquestrations, grèves bouchons, sabotages, ventes illégales de la production par les salariés en grève, prise de contrôle accrue par les ouvriers de l'apprentissage, de la sécurité (en Grande-Bretagne), des horaires, de l'organisation du travail (en Italie), etc. Le durcissement des luttes affecte égalemment et même peut-être plus durement encore et plus précocément les Etats-Unis où se développent des formes de luttes ouvertes (grèves sauvages, sabotages, rejets par la base des accords négociés avec les syndicats...) et larvés (absentéisme, turn-over)..." (ibid., p. 691)

b) La fin du capitalisme humanisé et la remise au pas: le remède "néolibéral"
Qu'est-ce que le "néolibéralisme"(version intégrale de l'extrait du documentaire ci-dessous, L'encerclement, pour s'en faire une idée assez précise)

c) Quatre volets économiques de la politique néolibérale
-La politique en direction des jeunes
Enfant/adolescent/jeune
La politique des "emplois-jeunes" 
-La politique en direction des vieux
Qu'est-ce que le jour? Une journée de travail normale? Un enfant? Un vieux?, etc.
La question des réformes des retraites et la politique des "emplois-vieux"
-La question de l'émancipation des femmes
-La politique de l'immigration

d) Le volet politique: le management post-fordiste


(1)  Le Poor Law Board était la commission chargée de veiller à l'application des lois sur les pauvres votées en 1834, en Angleterre, une date clé dans la naissance du capitalisme moderne, puisqu'elle marque l'avènement d'un marché pour le travail d'après K. Polanyi.

(2) Les workhouses étaient des maisons de travail forcé destinées à prendre en charge tous les paumés de la terre (orphelins, vagabonds, mendiants..) qu'avaient engendré en premier les actes d'enclosure des terres. L'univers concentrationnaire qui les caractérise trouvera son aboutissement paroxystique dans les camps de concentration du XXème siècle (voir ici, Les racines historiques de l'institution des camps de concentration pour des développements)

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