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vendredi 19 juin 2015

5-Le cocktail actuel du populisme d'extrême droite

Dernière mise à jour, le 02-04-2018

Notions du programme en jeu: la politique, la société et l'Etat, la justice et le droit, la culture, le travail, la morale

L'extrême droite actuelle n'est évidemment plus ce qu'elle pouvait encore être jusqu'en 1945 avant la chute du gouvernement de Vichy qui constitue, comme on l'a vu, la dernière tentative de restauration de l'Ancien Régime. Comme le concluait Eugen Weber, au terme de son travail sur l'extrême droite française de la première moitié du XXème siècle, "le royalisme est mort et enterré [...] Le Pen aurait pu n'avoir jamais entendu parlé de l'Action Française." (E. Weber, L'Action Française, p. 629) Il faut quand même, à mon avis, nuancer ce diagnostic. En effet, même s'il n'est plus question, à part dans quelques sectes intégristes folkloriques, comme dans le cinquième arrondissement de Paris autour de l'Eglise de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, de rétablir le monarchie et le pouvoir de l'Eglise, l'actuelle populisme d'extrême droite n'en réactive pas moins certaines composantes essentielles de ce que fut autrefois l'emblème blanc de la nation. On retiendra principalement de ce cocktail trois ingrédients qui seront complétés par quatre autres, moins centraux dans l'analyse ici: le nationalisme, l'antisémitisme (haine du juif), la sécurité et le patriarcat (domination des hommes sur les femmes) Avec ce tout, on aura faire un tour d'ensemble assez complet de la question...

Le sentiment généralisé du "tous pourris"
Cette composante du cocktail traduit une crise profonde de la représentation politique. Le lien de confiance entre la population et ses représentants est très largement entamé. Il faut tout de suite noter que la rupture entre les deux est inscrite dans la structure même d'un gouvernement représentatif,  qui, il convient toujours de le rappeler, est le véritable nom permettant de définir et comprendre la nature de nos institutions politiques, et non pas celui de "démocratie". La forme institutionnelle du gouvernement représentatif repose, entre autres principes, comme l'a bien montré Bernard Manin dans son ouvrage, Principes du gouvernement représentatif, sur un principe de distinction en vertu duquel les représentants ont un statut social et intellectuel supérieur à leur électorat: le principe même de l'élection, comme les grecs anciens le savaient fort bien, c'est toujours de choisir ceux censés être les meilleurs, les aristoï, en grec ancien, d'où le type du régime aristocratique qui en découle qui s'oppose fondamentalement au type démocratique, qui, repose, au contraire, sur un principe de similitude entre gouvernants et gouvernés, conformément à la formule que donnait le célèbre démocrate athénien du IVème siècle avant J.-C, Démosthène, lorsqu'il se présentait ainsi devant l'assemblée du peuple: "idiotès kai pollôn humôn heis." (l'un d'entre vous pris dans la multitude). Un des problèmes majeurs que pose ce gouvernement représentatif aujourd'hui, c'est que les mécanismes institutionnels qui étaient censés inciter l'élite constituée par cette aristocratie élective à gouverner dans l'intérêt du peuple (essentiellement, le suffrage universel couplé à la procédure de la réélection) fonctionnent de plus en plus mal, comme les données empiriques l'attestent:

Je soutiendrai ici la thèse voulant que cette crise aiguë de la représentation politique, qui alimente le vote protestataire pour la droite extrême, a des racines qui renvoient à un niveau encore plus fondamental, nous conduisant au coeur de la crise anthropologique des sociétés actuelles dominées par l'imaginaire du capitalisme.
Commençons, à un niveau d'analyse moins fondamental, par mettre en évidence un premier facteur de la propagation de ce sentiment général du "tous pourris", et qui tient aux
stratégies de propagande massivement employées dans le domaine des relations publiques  touchant au "debunking". Della Luna et Cioni en donnent un bon exemple concernant l'opération Manipulite menée par la justice italienne sur des affaires de corruption touchant la classe politique. Le debunking consiste à construire un contre feu pour détourner l'attention et mettre en cause les magistrats eux-mêmes, les discréditant ainsi auprès de l'opinion publique. Même si les calomnies s'avèrent au bout du compte parfaitement infondées, l'opération aura atteint son but. C'est le principe: faites circuler une fausse rumeur, il en restera toujours quelque chose. La preuve,"l'indice de confiance populaire dans la magistrature baissa à environ 20%..." (Della Luna et Cioni, Neuro-esclaves, p. 338) Le debunking est une pièce parmi d'autres des dispositifs de propagande modernes dont  Ellul  a bien montré dans son ouvrage, Propagandes, que ce sont bien les pseudo démocraties occidentales libérales qui en ont été les premières instigatrices. La période clé où s'est formé le creuset de ces nouvelles techniques de manipulation des foules, à une échelle sans précédent dans l'histoire, du fait de l'emploi des nouveaux médias de masse, a été la Première guerre mondiale. Les nazis, plus tard, en avaient d'ailleurs retenus la leçon et pensaient que l'Allemagne avait d'abord été vaincu par les pseudos démocraties sur le terrain de la propagande.
 Dans le cas du debunking, ce qu'il a de particulièrement pervers, c'est de généraliser un état d'esprit cynique, et de "porter l'opinion publique à la conclusion que tout est pourri, que les gens sont tous des menteurs, des voleurs, qu'il n'y a que des gens malhonnêtes; qu'il n'est jamais possible de connaître la vérité; et que, dans un tel contexte, la seule chose rationnelle et moralement justifiable, c'est de se débrouiller, de se moquer de tout, de berner les autres et la société à chaque fois qu'il est possible de le faire." (ibid., p. 338) Cela traduit fidèlement l'état d'esprit général qui règne aujourd'hui dans les populations, que ce soit en Italie, en France ou dans toutes les autres grandes nations occidentales. De telles dispositions psychologiques qu'induit le debunking prédisposent, soit à l'apathie politique et à l'abstention, soit à l'engagement irraisonné vers des extrêmes.
Le discrédit généralisé dont souffre aujourd'hui la classe politique n'est donc qu'un aspect d'un processus beaucoup plus ample qui s'étend à l'ensemble de la société.
Il est ainsi dans l'ordre des choses qu'un tel discrédit nourrisse les mouvements d'extrême droite.
Nous avons un antécédent historique auquel nous référer, qui montre que le phénomène n'est pas nouveau. Il avait déjà atteint des proportions phénoménales à la fin de la IIIème République, en France, dans les années 1930, présageant sa fin et son remplacement par le gouvernement ultra réactionnaire et collaborationniste de Vichy. A l'époque, la classe politique avait atteint un tel degré de discrédit que le qualificatif de "député" était employé dans le vocabulaire courant comme une injure. Pendant la période de Noël 1933, on pouvait  lire des affiches dans des cafés qui prévenaient:"Ici, on ne sert pas les députés." (Eugen Weber, L'action Française, p. 355) Comme le note encore Eugen Weber, "le mot de député excitait le mépris  et on en usait même comme une sorte d'insulte. Deux chauffeurs de taxi qui se querellaient furent cités en justice parce que l'un avait traité l'autre d'"espèce de député."" (ibid., p. 394) Comme aujourd'hui, ce sentiment généralisé du "tous pourris" faisait le lit de l'extrême droite, qui, à l'époque, sous la houlette de l'Action Française, son principal courant idéologique, ne faisait pas dans la dentelle et pouvait rassembler des foules au son de chansons comme celle-ci:
"Les députés on les pendra,
Et si on ne les pend pas, 
On leur cassera la gueule, 
La gueule on leur cassera." (cité par Eugen Weber, ibid., p. 363)
Mais, il ne s'agit donc là, pas encore du niveau le plus fondamental d'analyse des racines de l'affect généralisé du "tous pourris". Celles-ci plongent encore d'avantage dans une crise anthropologique qui ébranle les fondations des sociétés occidentales actuelles. Ce qui est fondamentalement en question ici, c'est la colonisation quasi complète de l'imaginaire du capitalisme dans les populations occidentales. Ce qu'il est décisif de voir, c'est que le capitalisme n'épuise pas seulement les ressources naturelles (épuisement des sols, effondrement de la biodiversité), mais aussi des gisements anthropologiques sans lesquels aucune société humaine ne pourrait plus fonctionner:"Sur ce plan, le capitalisme vit en épuisant les réserves anthropologiques constituées pendant les millénaires précédents. De même qu'il vit en épuisant les réserves naturelles. (Castoriadis, Une société à la dérive, p.131) Castoriadis avait très bien préciser le sens de cet épuisement:"Nous touchons là un facteur fondamental […] l’intime solidarité entre un régime social et l’éventail des types anthropologiques nécessaire pour le faire fonctionner. Ces types anthropologiques, pour la plupart, le capitalisme les a hérités de périodes historiques antérieures: le juge incorruptible, le fonctionnaire wébérien, l’enseignant dévoué à sa tâche, l’ouvrier pour qui son travail, malgré tout, était une fierté. De tels personnages deviennent inconcevables dans la période contemporaine: on ne voit pas pourquoi ils seraient reproduits, qui les reproduirait, au nom de quoi ils fonctionneraient. Même le type anthropologique qui est une création propre du capitalisme, l’entrepreneur schumpétérien […] est entrain de disparaître." (Castoriadis, La montée de l'insignifiance, p. 91) Ce que tous ces types, auxquels on pourrait en ajouter bien d'autres, avaient en commun, c'est qu'ils n'imaginaient pas le sens de leur travail comme étant prioritairement déterminé par la motivation de l'argent. Si un juge avait cela comme motivation première de son travail, il est effectivement évident que l'on ne voit plus au nom de quoi il pourrait résister à la tentation de vendre son jugement au plus offrant. Or, si la capitalisme a pu se développer, ce n'est que pour autant qu'il a pu compter sur un type anthropologique comme celui du juge incorruptible, sans lequel l'institution judiciaire ne pourrait tout simplement plus fonctionner.
Il doit donc en aller nécessairement de même pour tous les autres types, et, particulièrement, pour celui du politicien intègre soucieux du bien public. Ici aussi, le capitalisme l'avait l'hérité des temps passés, à des époques où la motivation de l'argent n'était pas prioritaire, voir, dans les sociétés primitives sans monnaie, n'existait tout simplement pas.
Une société qui fait de l'argent la motivation première dl'activité humaine est donc condamnée nécessairement à se décomposer dans la corruption généralisée. Plus rien ne peut la protéger de ce cancer qui fait que tout peut s'acheter, pour celui qui en a les moyens, y compris l'activité du politicien:"la corruption généralisée que l'on observe dans le système politico-économique contemporain n'est pas périphérique ou anecdotique, elle est devenue un trait structurel, systémique de la société où nous vivons.(Castoriadis, La montée de l'insignifiance, p. 91)
C'est donc de là, le plus fondamentalement, que vient la perte considérable de confiance de la population à l'égard de ses institutions politiques et des individus qui sont censés les faire fonctionner, et cela à tous les échelons du pouvoir:
 SourceOpinionWay décembre 2012, p. 22
Un élément sans doute décisif à retenir, que montre bien cette enquête, c'est que plus on grimpe haut dans l'échelle du pouvoir politique et plus la confiance s'affaiblit. Il faudrait sûrement en tirer cette conséquence que si l'on voulait reconstituer l'édifice politique d'une société comme la nôtre, sur un socle indispensable de confiance, il faudrait repartir de l'échelon où celle-ci  est la moins entamée, à savoir, l'échelle municipale ou communale. Mais ceci nous renverra à l'épilogue final de ce chapitre qui pose la question: que faire?

Deuxième composante du cocktail, la xénophobie, la hantise de l'étranger. Là encore, l'enquête du journal, Le monde, révèle des choses particulièrement significatives:
 "70 % des sondés (et jusqu'à 83 % à l'UMP) jugent qu'il y a "trop d'étrangers en France" et 62 % que l'on "ne se sent plus chez soi comme avant". Ce n'est plus, majoritairement, le travailleur immigré, susceptible de "prendre le travail des Français" qui est pointé du doigt, mais le musulman, volontiers assimilé à "l'intégriste", et dont la religion est jugée, par 74 % des Français, intolérante et incompatible avec la société française." (Le monde, les crispations alarmantes de la société française) Pour avoir une chance de comprendre cette composante du cocktail, et remonter à ses racines historiques, il faut se rappeler de ce que j'avais développé dans la partie précédente sur le thème de l'antiracisme dont s'empare la gauche à partir des années 1980, et qui s'accompagne, en même temps, d'un abandon complet par elle de la critique du capitalisme et des classes populaires qui avaient constitué traditionnellement son socle électoral, tant qu'elle avait liée son destin avec celui des premiers socialismes.
On tient là la racine principale de la montée en puissance de l'extrême droite raciste.
 Ce qu'il importe de voir encore, pour le montrer de façon définitive, c'est, comme l'indique l'enquête du Monde, la mise à l'arrière plan de la figure du travailleur immigré et sa substitution par celle du musulman. Là aussi, pour voir l'origine de ce phénomène, il faut toujours remonter à l'arrivée de la gauche mitterrandienne au pouvoir, dans les années 1980. Dans son discours, à cette époque, la figure du "travailleur immigré", qui renvoyait à une fraction de la classe ouvrière en lutte contre le capitalisme, est remplacée par celle du "Beur". Comme je l'avais montré, là aussi, dans la partie précédente, cette substitution n'a absolument rien d'innocent. Elle renvoie, de la même façon, à l'abandon par cette gauche, du socialisme, de la critique du capitalisme et de la classe ouvrière.
Les thèmes ethniques, identitaires et raciaux occupent dorénavant le devant de la scène politico-médiatique, reléguant aux oubliettes le conflit de classes entre travailleurs et détenteurs du grand capital. C'était évidemment le terreau idéal pour que prospère, à partir de là, l'extrême droite raciste.
Le débat politique est désormais centré sur les assignations raciales des individus, soit le terrain de prédilection de l'extrême droite. 
Ce qu'il importe maintenant de comprendre, pour aller au bout des raisons du développement du racisme dans le corps social, ce sont les effets considérables portant sur les représentations que nous pouvons nous faire du monde à partir du moment où il y a une surexposition médiatique de certains thèmes au détriment d'autres, en l'occurrence ici, les thèmes ethniques et raciaux tournant autour des figures du Beur et du Musulman, au détriment de celle du travailleur immigré. Il y a là un solide étayage dans le domaine de la recherche scientifique qui montre bien les proportions considérables des effets que cela engendre dans la construction de notre représentation du monde, sachant que regarder la télévision constitue, dans les pays occidentaux, la deuxième activité à laquelle les gens, en moyenne, consacrent le plus de temps dans la vie après le sommeil. 
J'avais déjà, dans un article précédent, à propos d'un autre thème de prédilection de l'extrême droite, celui de la sécurité, montrer l'ampleur du phénomène. Je rappelle juste ici l'essentiel.
Aux Etats-Unis, dans les années 1990, le thème de la sécurité était soudainement devenu le sujet de préoccupation principal des gens alors même que les statistiques montraient, dans le même temps, une baisse réelle de la criminalité. Ce paradoxe venait du fait que les médias de masse s'étaient massivement emparés du sujet. Le même phénomène s'est reproduit concernant les thèmes raciaux, ethniques et identitaires que la gauche arrivée au pouvoir dans les années 1980, a commencé de mettre au centre du débat politico-médiatique. Cela a conduit, comme pour le thème de la sécurité aux Etats-Unis, à une complète distorsion entre la réalité sociale et les représentations que les gens s'en font. Une enquête faite en France permet de donner un ordre de grandeur de l'ampleur de ce phénomène; d'après elle, il y a, en moyenne, 4 fois plus de musulmans dans la tête des gens (31%) qu'en réalité (8 %) 

D'où une règle élémentaire d'autodéfense intellectuelle à en tirer: éviter surtout l'abus de télévision.

Le thème de la phobie de l'étranger dans la propagande d'extrême droite est indissociable de celui du nationalisme. Le principe élémentaire de ce dernier peut être très simplement défini: il s'agit de souder la nation par référence à un ennemi commun, l'étranger, en l'occurrence. Je ne me donnerai pas la peine ici de développer plus en avant cette question car je l'ai déjà assez fait dans la partie 2 de ce chapitre au paragraphe, La Commune de 1871. Ce qu'il reste juste à ajouter d'important, c'est le fait que, de ce point de vue, l'antisémitisme (la haine du juif), autre thème constant de la droite extrême, n'est au fond, qu'une déclinaison de cette figure plus générale de l'étranger et a rempli de ce fait la même fonction dans sa propagande. Le juif a traditionnellement été identifié par le fascisme, en particulier, à la haute finance internationale, cosmopolite et déracinée. Il a servi dans cette mesure, à la droite extrême, de figure incarnant l'ennemi de la nation à combattre. C'était typiquement le cas dans le nazisme.
Il reste à préciser que ce repli nationaliste, identitaire et racial du corps social  traduit,là encore, l'effondrement des socialismes originels  dont  le mot d'ordre  était universel et s'incarnait dans le célèbre, "Prolétaires de tous les pays unissez-vous", du Manifeste communiste de Marx et Engels. Pour les premiers socialismes, l'ordre mondial du capitalisme n'avait des chances de pouvoir être combattu que par une association pour la lutte, à l'échelle planétaire de tous ceux qui subissaient la prolétarisation de leur existence. Le triomphe total du capitalisme néolibéral mondialisé à partir des années 1980 s'est traduit par l'exécution du mot d'ordre exactement opposé:" Prolétaires de tous les pays concurrencez vous". Comme le disait Warren Buffett, l'une des plus plus grandes fortunes du monde, il y a bien une lutte des classes, contrairement à ce qu'a voulu faire croire la propagande officielle, mais à l'opposé des prévisions marxistes, elle n'a pas été gagnée par les prolétaires, mais par la classe capitaliste. Là où celle-ci a su se souder pour défendre et faire avancer ses intérêts, les classes laborieuses se sont au contraire émiettées, décomposées, divisées et entre déchirées sur des thèmes culturels, ethniques, moraux et raciaux. Corollaire: aujourd'hui, partout les inégalités se sont creusées dans le monde et les 20% les plus riches possèdent  94% de la richesse mondiale, les 2%  en possèdent 52%. 

Le besoin d'un chef autoritaire
Source: le monde. Illustration du basculement vers la droite du champ politique (mouvement dextrogyre)
Ce qui saute tout de suite aux yeux dans les résultats de cette enquête, c'est le mouvement désormais dextrogyre (basculement vers la droite) qui a totalement inversé le mouvement sinistrogyre (basculement vers la gauche) qui avait été celui du champ politique depuis la Révolution de 1789.
Le thème du chef autoritaire qui était celui, traditionnellement, de la droite, a désormais complètement contaminé les rangs de la gauche. Dans l'ensemble du champ politique se fait maintenant ressentir le besoin de recourir à quelqu'un qui tape du poing sur la table et remet de l'ordre dans le chaos que tend à générer fatalement une société dont les principes directeurs du capitalisme sapent, par la culture de la transgression permanente des normes qu'ils induisent, le respect pour le droit.
 Ici encore la tentation du chef autoritaire pousse sur les décombres du projet socialiste des origines fondamentalement anti autoritaire, que résumait ces vers de l'Internationale socialiste:"Il n’est pas de sauveurs suprêmes: Ni Dieu, ni César, ni Tribun/ Travailleurs, sauvons-nous nous-mêmes." Le tribun, c'est le type du chef charismatique qui, par ses talents d'orateur, arrive à drainer les foules derrière lui.
Cette composante réactive indiscutablement les éléments blancs et réactionnaires de la droite bonapartiste de l'Ancien Régime qui en avaient toujours appelé à la restauration d'un pouvoir fort avec un chef militaire à sa tête. C'est un des traits les plus constants de la droite réactionnaire que de concevoir "la nation [comme] une hiérarchie de dirigeants, depuis le chef de famille jusqu'au chef de l'Etat." (Eugen Weber, L'Action Française, p. 237) La société politique est invariablement conçue comme une simple extension de cette entité "naturelle" que constitue la famille patriarcale où s'affirme l'autorité du maître de maison, ainsi chez un ardent défenseur de la cause royaliste contre les droits du peuple au XVIIème siècle, Robert Filmer:"Si nous comparons les devoirs naturels d'un père avec ceux d'un roi, nous constatons qu'ils sont tout un, sans la moindre différence à l'exception de leur ampleur ou de leur étendue." (cité par Claude Gautier, Le souci des autres, p. 161) C'est ici que l'on voit bien le lien intime existant entre cette composante autoritaire et celle du patriarcat, la domination des hommes sur les femmes. L'oïkos, en grec ancien , la maisonnée familiale, qui fournit pour la droite autoritaire le modèle de toute organisation politique, a été le lieu, par excellence, où s'est toujours exercée la domination des hommes sur les femmes, réduites aux tâches du travail domestique (faire le ménage, s'occuper des enfants, faire la cuisine etc.) Un exemple type est celui que l'on trouve chez Xénophon, au IVème siècle avant J.-C., en Grèce, dans son traité L'Economique, où il donne les règles de base d'une bonne gestion de la maisonnée par le chef de famille. On devient un "bon économe" ("économie" dérive de la racine grecque oïkos) si on possède "quelques
connaissances d'agronomie peu techniques et [on] sait dresser sa femme (sic), son régisseur et ses esclaves. Tout un programme.
(cité par Clément Homs, Sortir de l'économie, n° 5, p. 32)
Au-delà du cercle restreint de le la droite extrême, ce schéma patriarcal familial a toujours fait partie de la rhétorique de la droite dans son ensemble, ce que l'on retrouvait chez quelqu'un comme Sarkozy, à l'époque où il était à la présidence de la République, quand il "affirmait en 2008 vouloir gérer la crise en "bon père de famille.""(C. Homs, Sortir de l'économie, n°5, p. 27)







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