mercredi 9 novembre 2011

Exercice

Que vous inspire cette citation?
"Cela peut être une bonne chose de détenir le pouvoir par les armes mais il est de loin préférable de gagner le coeur de la nation et de gagner son affection."
Joseph Goebbels, ministre  à l'éducation du peuple et à la propagande du IIIème Reich

Pour le tyran ivre de pouvoir une dictature totalitaire est de loin préférable à une dictature traditionnelle
On peut traduire ainsi le propos de Goebbels. Quand on parle de "dictature" il faut commencer par s'entendre sur le sens du mot. Au sens traditionnel du terme une dictature est une façon de "détenir le pouvoir par les armes": ces formes de régime se rencontrent depuis relativement longtemps dans l'histoire. Prenons l'exemple contemporain de la Colombie (1) qui était dans les années 1990 une épouvantable dictature où toute opposition politique était réprimée systématiquement par l'assassinat, l'emprisonnement et la torture; ainsi, sur 264 syndicalistes assassinés dans le monde, entre janvier 1990 et mars 1991, plus de  la moitié étaient colombiens (source: la Confédération internationale des syndicats libres, cité par John Stauber et Sheldon Rampton dans, L'industrie du mensonge, p.232, éditions Agone) Le propos de Goebbels n'est pas de récuser cette forme de terrorisme d'Etat ("Cela peut être une bonne chose") Et, il est vrai que les Nazis ne s'encombreront pas de recourir à l'assassinat systématique pour éliminer toute opposition et  toute dissidence. Mais, le pouvoir ainsi obtenu n'est pas encore total. A vrai dire, la liquidation physique de toute opposition n'est qu'une  première étape dans la logique d'un système totalitaire.Pour que la domination devienne totale, il faudra rendre l'usage des armes superflu car on aura "gagner le coeur de la nation ". C'est à partir de là qu'on rentre, à proprement parler dans une dictature totalitaire. Celle-ci, comme l'ont analysé des penseurs tels qu'Orwell ou Arendt, est une création spécifique du XXème siècle qui s'est incarnée aussi bien à l'ouest avec le nazisme qu'à l'est avec le bolchévisme. Il n'est plus question ici seulement de régner sur les corps par la force mais d'abord sur les esprits jusqu'au plus intime de leurs vies et de détruire toute capacité à penser par soi-même. (2)
Deux institutions dont Goebbels avait la charge dans le IIIème Reich jouent à cet effet un rôle crucial: la propagande et l'éducation nationale
La propagande
Certaines copies ont bien vu ici que l'on pouvait s'appuyer sur l'expérience de Asch pour comprendre par quels mécanismes psycho-sociaux on peut, relativement facilement, amener un  individu à renoncer à l'usage de son propre entendement. On voit bien que cela implique, si on applique l'expérience de Asch au domaine politique,  que la domination totale ne pourra s'obtenir que par le monopole que le pouvoir détient sur les médias pour éliminer toute voix discordante: c'est la condition sine qua non pour parvenir à détruire toute capacité de l'individu à faire usage de son propre entendement. C'est de cette façon qu'on peut espérer faire en sorte que les individus croient d'avantage le discours du pouvoir que ce que leur montrent leurs propres yeux; par exemple, quand Goebbels diffuse sur toutes les ondes en mars 1945 que la victoire de l'Allemagne est imminente alors que tout montre aux Allemands que le pays arrive au terme de sa déroute.


video


L'éducation nationale
Le ministère de Goebbels était aussi un "ministère de l'éducation du peuple" ce qui mettait en jeu une réflexion sur le sens d'une école publique. Dans la logique totalitaire, il s'agit de transformer l'instruction publique en une éducation nationale (cf. Mussolini même si, Arendt par exemple, ne classera pas la dictature fasciste italienne dans la catégorie des systèmes totalitaires pour d'autres raisons  que nous n'avons pas à examiner ici.)
On comprend d'autant mieux ce qui est en jeu dans une éducation nationale si on la comprend par opposition avec une instruction publique. Celle-ci doit avoir, si elle ne veut pas usurper son nom , pour priorité fondamentale la recherche de la vérité; elle  est intrinsèquement liée à une mentalité libérale (cf. Russell); elle a pour visée, les libertés individuelles,  c'est-à-dire la capacité pour les individus d' être autonomes dans les multiples dimensions de leurs existences (psychologique, morale, sociale, politique) L'éducation nationale vise, de façon tout à fait différente, à intégrer l'individu à l'ordre social existant. Dans la logique totalitaire il s'agira de créer un homme entièrement nouveau par un processus qui s'apparente à un dressage (cf. les travaux de Tchakotine inspirés  des expériences sur le dressage des chiens de Pavlov en Union Soviétique) Il était important de relever ici le vocabulaire faisant appel à l'affectivité qu'emploie Goebbels; ce qu'il faut pouvoir conquérir c'est "le coeur", "l'affection"; l'éducation nationale comme la propagande ne s'adressent pas à la raison  chez l'individu mais aux affects qu'il s'agira d'associer à des symboles suivant les mêmes principes qui inspireront Tchakotine en Union soviétique: la peur du juif, l'amour de la croix gammée etc. Tout appel à la raison et à l'intelligence sera discrédité:"Le siècle de l'intellectualisme juif est terminé [...] Le futur homme allemand ne sera plus un homme de livres, mais un homme de caractère" comme le proclamait Goebbels lui-même. C'est pourquoi une éducation nationale n'a plus tellement besoin de lieux d'instruction (des salles de cours, des bibliothèques) mais de lieux où organiser des fêtes et de grandes cérémonies où pourra être stimulé le sentiment nationaliste de la jeunesse.
Mais c'est ici qu'on pouvait pointer d'inquiétantes convergences avec les auto proclamées "démocraties modernes". Car ces deux institutions, la propagande et l'éducation nationale, ne sont pas des créations spécifiques du totalitarisme. Elles sont, à l'origine, des créations de ces "démocraties modernes".

L'éducation nationale en démocratie
L'école dans les "démocraties occidentales" est devenue bien d'avantage une éducation nationale qu'un lieu d'instruction publique. Si nous revenons aux sources du projet d'une éducation nationale tel qu'on le trouve chez un révolutionnaire comme Lepeletier de Saint Fargeau, il y a incontestablement un ferment totalitaire: "Toute [la doctrine de l'éducation nationale]  consiste donc à s'emparer de l'homme dès le berceau, et même avant sa naissance ; car l'enfant qui n'est pas né appartient déjà à la patrie. Elle s'empare de tout homme sans le quitter jamais, en sorte que l'éducation nationale n'est pas une institution pour l'enfant, mais pour la vie tout entière." Une éducation nationale ne vise pas fondamentalement à instruire sous l'autorité de la vérité mais à s'emparer de l'enfant pour modeler son caractère jusqu'au plus intime de sa vie pour l'adapter à l'ordre existant. Dans le contexte de la Révolution française, il s'agira de former des patriotes  qu'on pourra faire obéir spontanément lorsqu'il s'agira de les mobiliser sous le drapeau pour défendre la patrie en danger. ( On prendra garde toutefois de noter, pour la défense de Lepeletier, que le patriotisme n'est pas nécessairement la même chose que le nationalisme, que ce n'est donc pas tout à fait le même projet que de vouloir former des patriotes ou des nationalistes. Par exemple, Orwell distinguait rigoureusement les deux: le patriotisme est essentiellement défensif et consiste à susciter dans la population un amour de son territoire qui la rendra capable de se mobiliser contre une agression étrangère. Le nationalisme,lui, est fondamentalement agressif et vise à souder la nation par référence à un ennemi commun qu'il convient de détruire, le juif dans la propagande nazi.)
Dans le contexte actuel de nos "démocraties, il s'agira de former des citoyens passifs et des travailleurs "imbéciles, zélés et compétents" adaptés à l'évolution du marché du travail qui repose de moins en moins sur une qualification formant à un métier et de plus en plus  sur l'acquisition de compétences qui développent leur employabilité et leur flexibilité (cf. l'évaluation en terme de compétences qui se met aujourd'hui partout en place) Que les élèves considèrent la signification véritable de ce qui s'affiche sur les panneaux lumineux de nos établissements d'enseignement comme une "éducation à la citoyenneté": voilà une expression qui est un monstre logique et qui devrait se faire soulever d'effroi n'importe qui se revendique de l'héritage le plus progressiste des Lumières. Ce qui est à éduquer ne peut être en aucun cas le citoyen mais l'enfant à qui il faut faire intégrer les règles élémentaires de civisme qui rendront possibles sa socialisation (ne pas frapper ses camarades, ne pas leur voler leurs affaires etc.). Un citoyen n'a pas, en aucune façon, à être éduqué, mais à être instruit. Il ne peut y avoir qu'une instruction à la citoyenneté, si les mots ont un sens autre qu'orwellien (ici le fait d'appeler "citoyen" celui qu'on considère comme une enfant à éduquer),  par exemple, l'instruction qui apportera au citoyen les éléments de connaissance nécessaires pour qu'il puisse se former un avis éclairé sur la question de savoir pourquoi aujourd'hui un milliard d'individus meurent de faim sur la planète tandis que l'agriculture mondiale aurait de quoi en nourrir douze milliards, pourquoi le tiers de la production mondiale, soit 1,3 milliards de tonnes de nourriture est perdu et gaspillé tous les ans selon les chiffres que nous donne la F.A.O. Il est facile de voir pourquoi les classes dirigeantes se garderont bien de promouvoir une telle instruction à la citoyenneté et de lui substituer une "éducation à la citoyenneté". Un citoyen éclairé risquerait fort  de mettre en question les institutions de la société et d'aboutir à la conclusion qu'elles  sont à transformer."Eduquer à la citoyenneté" ne peut dès lors avoir d'autre sens que de faire intérioriser aux enfants que nous sommes l'idée que l'ordre établi est tel qu'il doit être et que tout projet de transformation de la société ne peut être que l'oeuvre d'un individu mal éduqué et inadapté:  le  "bon" citoyen, dans ce cadre, est celui qui aura appris à jouer, sans se poser de question, le rôle fondamentalement passif que lui réserve les institutions: celui d'un spectateur appelé  à se rendre périodiquement dans un isoloir pour choisir entre les différents chefs ayant gravi la hiérarchie de leur parti respectif. Telle est une des tâches fondamentales dévolues à une Education Nationale dans notre société.
La propagande en démocratie
Une des leçons que Goebbels avait tiré de la défaite allemande en 1918, c'est que l'Allemagne avait d'abord perdu la guerre sur le terrain de la propagande, sur ce terrain où se joue "l'éternel combat pour la domination des esprits."(3)Autrement dit, ce sont des "démocraties libérales" comme l'Angleterre et les Etats Unis qui ont été les grandes instigatrices des puissants moyens de propagande moderne. Comme le rappelait Jacques Ellul:" c'est un fait digne d'attention, et assez remarquable, que la grande propagande moderne ait commencé dans les Etats démocratiques. C'est pendant la guerre de 1914 que l'on voit utiliser pour la première fois l'ensemble des M.M.C.[mass media communication], que l'on applique les méthodes publicitaires à la politique, que l'on cherche égalemment les méthodes psychologiques les plus efficaces [...] Ainsi, contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce ne sont pas les régimes autoritaires qui accèdent les premiers à ce genre d'action, si, par suite, ils l'ont mené sans limite. Et cette constation doit faire réfléchir sur les rapports entre la démocratie et la propagande."(Propagandes, p.256, éditions Economica)
Il faut bien comprendre pourquoi la propagande est intrinsèquement liée aux "démocraties modernes" et pas du tout aux dictatures traditionnelles comme trop de copies le laissent croire. En un sens, comme Chomsky le relève, cela constitue un progrès. Il est beaucoup plus difficile que ce n'était le cas dans un passé encore proche d'obtenir la soumission des populations dans les pays occidentaux à coups de matraque et c'est tant mieux! Mais ce qu'on peut plus difficilement obtenir par les armes, la docilité de la population, on cherchera à l'obtenir par la propagande en formatant l'opinion publique.
 Reprenons l'exemple de la Colombie; les tyrans sanguinaires au pouvoir  ne s'embarrassent pas de propagande à l'égard de leur population; une balle dans la nuque à tout opposant leur suffit. C'est dans une "démocratie" que la propagande est appelée à jouer un rôle important car la prise du pouvoir ne passe plus par les armes mais par les techniques de persuasion propres à une campagne électorale. C'est ce qui explique aussi pourquoi c'est à l'adresse  de l'opinion publique des pays démocratiques, que les dictatures qui "détiennent le pouvoir par les armes"  jugeront utiles d'investir dans une propagande; c'est ce qu' a fait la dictature colombienne dans les années 1990; elle a loué à prix d'or (3,1 millions de dollars pour la seule année 1991) les services d 'une entreprise de propagande relations publiques  américaine Sawyer/Miller pour redorer son image qui était passablement ternie  dans l'esprit de la population américaine car elle était associée au trafic de drogue. L'enjeu est de taille car il s'agit d'obtenir du gouvernement américain de généreuses aides financières. Sur un cas comme celui-ci un dispositif de propagande peut déployer des trésors d'ingéniosité:"Après avoir organisé des sondages pour  évaluer l'opinion des américains sur la Colombie, Sawyer/Miller a constaté que l'image de ce pays était si négative que toute publicité positive serait assimilée à de la propagande. Aussi une campagne en plusieurs étapes fut mis au point: tout d'abord faire en sorte que la Colombie ne passe plus pour un repaire de malfrats mais pour une victime; puis transformer la victime en héros, un pays qui lutte courageusement contre la drogue." (Stauber et Rampton, ibid. p.234) En réalité, le gouvernement en place était largement sponsorisé par l'argent des cartels de la drogue et la prétendue répression  contre les trafiquants servait de couverture pour massacrer les syndicalistes un peu trop revendicatifs. L'enquête officielle concluant au suicide d'un membre du syndicat de Telecom retrouvé étranglé et brûlé à l'essence résume bien ce qu'il en était du  fonctionnement réel de l'institution judiciaire de ce pays. L'arrestation théâtrale de Pablo Escobar, un baron de la drogue donnait l'impression que le gouvernement luttait contre le trafic de drogue alors qu' en réalité il allait être  assigné dans une résidence surnommé "le Hilton", qui était une somptueuse villa de laquelle il pouvait sortir quand il voulait en soudoyant ses gardes. A la même époque la junte militaire impitoyable au pouvoir au Nigéria procéda de la même façon:"les 2, 6 millions de dollars dépensés pour le lobbying en faveur du Nigéria représentaient ainsi près d'un tiers des 8, 3 millions de dollars d'aide[ que le gouvernement américain avait consenti]." Stauber et Rampton, ibid., p.241) Par où l'on voit comment peut être utilisée l'aide apportée aux pays du Sud par les pays riches! Non seulement il arrive que cette aide ne serve en rien la population mais qu'elle constitue, bien au contraire, une arme qui se retourne contre elle en empêchant l'opinion internationale de prendre conscience de l'oppression qu'elle subit. La pratique est générale:"La plupart des clients importants du lobbying à Washington sont des gouvernements qui violent gravement les droits de l'homme: Taïwan, Corée du Sud, Pakistan, Mexique et Arabie saoudite." (Stauber et Rampton, ibid., p. 240)

Mais, si la propagande constitue une institution commune aux sociétés auto proclamées "démocratiques" et aux systèmes totalitaires, qu'est-ce qui les distingue malgré tout? N'y-a-t-il pas ici une inquiétante convergence qui devrait nous amener à nous questionner sur les institutions de nos propres sociétés dont nous avons tendance à tellement nous vanter?
Une opinion très répandue que soutiendront, en particulier, les professionnels des médias consistera à dire qu'il existe dans les démocraties un pluralisme des médias qui nous immunise contre tout risque de dérive totalitaire. Je répondrai que cela est vrai mais seulement jusqu'à un certain point.
D'abord, remarquons le fait qu' une propagande vienne s'ajouter à d'autres propagandes n'est nullement une garantie de développement de la vie démocratique, bien au contraire. Jacques Ellul l'avait bien noté:"[...]l'existence de deux propagandes contradictoires n'est nullement une solution,[...] cela ne conduit en rien à une situation "démocratique".[...] L'individu est pris, manipulé, agressé de partout; les combattants des deux systèmes de propagande ne se combattent pas, mais cherchent à le capturer. Et, ce faisant, l'individu subit de plus profondes influences et distorsions psychologiques. L'homme qui est ainsi modifié exige des solutions simples, des mots d'ordre, des certitudes[...] une division simple claire du monde en bons et méchants[...]En présence d'une double propagande contradictoire, s'ajoute à ceci la fuite dans la passivité ou l'engagement irraisonné, total dans l'un des deux partis." (ibid., p.278)
Ensuite, il faut voir que le pluralisme des médias dans les "démocraties" est à relativiser. On pouvait ici penser au modèle de compréhension de la propagande dans les démocraties que nous donnent Chomsky et Herman dans La fabrication du consentement et qui explique pourquoi  les médias de masse tendront à nous faire voir le "mouton"(4) toujours du même côté: filtres de l'actionnariat, de la publicité, des sources d'information, entre autres, qui jouent le rôle d'un mécanisme invisible et impersonnel de censure  tendant à éliminer du marché de l'information  toute une frange des médias qui donneraient une perspective sur le "mouton" non conforme aux intérêts des pouvoirs dominants (les grandes administrations d'Etat et les puissantes institutions du capitalisme)
En fin de compte, il faut se demander si la propagande n'est pas intrinsèquement contradictoire avec le projet de la démocratie, quelque soit la forme qu'elle peut prendre, qu'elle soit le monopole de l'Etat comme dans le système totalitaire ou qu'elle se diversifie jusqu'à un certain point, comme dans les sociétés auto proclamées "démocratiques", . Ellul en arrivait à cette conclusion:"On peut arriver à presque tout grâce à la propagande, mais assurément pas à créer le comportement d'un homme libre, ou à un degré moindre, le comportement d'un homme démocratique. L'homme qui, soumis à la propagande, vit dans un régime démocratique, est vidé de ce qui fait la démocratie même: du style de vie démocratique, de la compréhension des autres, du respect des minorités, du réexamen de ses opinions, de l'absence de dogmatisme." (ibid., p. 279) Au fond, Ellul en vient à dire qu'il n'y a pas une bonne propagande, celle faisant la promotion de valeurs humanistes comme la liberté et la démocratie et une mauvaise propagande, celle ayant pour but la domination de l'homme par l'homme. Toute propagande est intrinsèquement destructrice de la liberté humaine quelque soit les finalités qu'elle poursuit:"Le moyen employé pour diffuser des idées démocratiques fait du citoyen un homme psychologiquement totalitaire. La seule différence avec le nazi est qu'il s'agit d'un 'homme totalitaire à conviction démocratique" mais ses convictions ne changent absolument rien à son comportement. La contradiction n'est nullement ressentie par l'individu pour qui la démocratie est devenue un mythe et les impératifs de la vie démocratique, seulement des stimuli engageant des réflexes conditionnés[...] Et le citoyen peut répéter indéfiniment "les formules sacrées de la démocratie", en agissant comme un S.S."(ibid.,p. 279-280)

(1) C'est à dessein que je choisis l'exemple de la Colombie. Je prends ainsi le contre pied de la totalité des copies qui citent toujours les mêmes exemples ( la Lybie et la Syrie) car ce sont ceux qui sont mis sur le devant de la scène médiatique en Occident parce qu'ils donnent l'impression que nous luttons pour la démocratie dans le monde. La Colombie, elle, fait partie de l'autre face du "mouton"(4), c'est-à-dire de la longue liste des dictatures sanglantes soutenues par l'Occcident. Ceci doit montrer aux élèves combien il est important qu'ils arrivent à diversifier leurs sources d'informations pour voir le monde autrement qu'à travers les caméras de TF1 et autres mass médias!
(2) Pour une réflexion plus poussée sur la nature du totalitarisme cf. ici
(3) Lord Ponsonby, dix ans après la fin de la première guerre mondiale, avait synthétisé en dix règles le dispositif de propagande qui avait permis aux alliés de gagner la bataille des esprits:
1 que notre camp ne veut pas la guerre
2 que l’adversaire en est responsable
3 qu’il est moralement condamnable
4 que la guerre a de nobles buts
5 que l’ennemi commet des atrocités délibérées (nous pas)
6 qu’il subit bien plus de pertes que nous
7 que Dieu est avec nous
8 que le monde de l’art et de la culture approuve notre combat
9 que l’ennemi utilise des armes illicites
10 que ceux qui doutent des neuf premiers points sont soit des traîtres, soit des victimes des mensonges adverses (car l’ennemi, contrairement à nous qui informons, fait de la propagande).


Ce que Ponsonby récapitulait ainsi:"Il ne faut jamais permettre au peuple de prendre du recul; ainsi les victoires doivent être exagérées et les défaites, sinon ignorées, du moins minimisées. Il faut utiliser le stimulus de l’indignation, de l’horreur et de la haine assidûment et continûment dans l’esprit du public par la propagande." Cf. cet article pour plus de développement.

(4) Quatre voyageurs débarquent en Australie et prennent le train; ils voient par la fenêtre un mouton noir.
Le premier en conclut que les moutons sont noirs en Australie.
Le second en conclut qu'il existe des moutons noirs en Australie.
Le troisième qu'il existe en Australie au moins un mouton noir.
Le quatrième, qui symbolise le véritable esprit libre, qu'il existe en Australie au moins un mouton dont l'un des côtés est noir.
Le mouton ici, bien évidemment, symbolise les affaires du monde qui font la une des médias.

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