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mercredi 19 janvier 2011

Oeuvre choisie: Hannah Arendt, Réflexions sur la Révolution hongroise 2) Le système des conseils

Dernière mise à jour, le 22-03-2018

Notions du programme en jeu: la politique, l'Etat et la société, la liberté, la perception, l'histoire, la technique, la morale


a) L'échec du totalitarisme
Ce projet démentiel d’un contrôle total de l'Etat sur la société était, à l’époque des faits qui nous occupent, en 1956, beaucoup plus avancé en Russie que dans les « pays satellites » comme la Hongrie. Raison pour laquelle ce qui a pu se produire en Hongrie n'était même plus concevable en Russie. Il faut ici reprendre la distinction que fait Arendt entre contrainte par la terreur et contrainte par l'idéologie. En Russie, la domination était devenue totale car elle ne s'exerçait plus seulement par la terreur, sur les corps, mais aussi par l'idéologie, sur les esprits, ce qui veut dire, si on on reprend les termes de l'expérience de Asch, que les individus en étaient venus à croire d'avantage les autorités que ce que pouvaient leur montrer leur propre expérience de la réalité. Quand ne s'exerce qu'une contrainte par la terreur, comme c'était encore le cas pour les Hongrois, on ne contrôle pas la perception des individus pour façonner à sa guise leur représentation du monde. De cette façon, ils n'ont pas encore suffisamment intériorisés la domination, au point où ils n'arriveraient même plus à la ressentir comme telle.

Il y a des raisons historiques au fait que la domination totalitaire était à un stade beaucoup moins avancé dans les Etats satellites. Tandis, qu’en Russie, la mise en œuvre du projet totalitaire avait commencé dès les années 1920, il a fallu attendre 1949 pour voir les Etats satellites tomber sous la coupe du régime stalinien. A la mort de Staline en 1953, suit une période de semblant de dégel avec l’arrivée au pouvoir de Khrouchtchev. Cet assouplissement, Arendt l’interprétera d’ailleurs plus comme un repli tactique du projet totalitaire, que comme une réelle volonté d'en sortir. Deux raisons objectives expliquent ce semblant de dégel: d’abord la pénurie de main d’œuvre dont souffrait la Russie à cette époque; elle ne pouvait plus se payer le luxe de purges, déportations, assassinats de masse qui avaient été le lot du régime stalinien (le chiffre de 20 millions de victimes est, en règle générale, admis pour la période stalinienne, ce qui sur une population à l‘époque de 200 millions d‘habitants, est énorme). Ensuite, le déficit démographique grandissant à l’égard de l’empire naissant de la Chine communiste qui constituait le rival principal pour la suprématie finale. Que Khrouchtchev était animé, en assouplissant la poigne de fer de l’époque stalinienne, par toute autre chose que des motifs démocratiques, c’est ce que montre, par exemple, le décret qu’il imposa contre "les parasites sociaux", qui fait, qu’à tout moment, n’importe qui pouvait se voir envoyer dans les camps de concentration sans avoir commis le moindre crime contre le régime. La terreur et le concept d'ennemi objectif, par un certain côté, s'étaient même renforcés, en s'étendant maintenant à toutes les catégories de la population.
Ce qui ne pouvait plus se réaliser en Russie du fait de la contrainte idéologique que les individus avaient fini par intérioriser, une action spontanée (vs conditionnée) de la population, s’est passé en Hongrie. Au départ, une simple manifestation d’étudiants qui finit, de façon totalement imprévisible, par embraser tout le pays en l’espace de 24 heures à peine.

b) Traits typiques de la Révolution hongroise
Quatre traits typiques qui en font le prototype d'une révolution authentique, doivent retenir l’attention.
-L'effondrement soudain du pouvoir en place
Dans le cas hongrois, c'est particulièrement frappant: toute la structure du pouvoir du parti unique s’effondra comme un château de cartes, aussi bien sa structure idéologique que son bras armé. La première, comme ont vient de le voir, n'était pas encore suffisamment consolidée et intériorisée par la population. Les Hongrois, comme dit, avaient encore conservé le sens des réalités et savait toujours, ce qu'avait oublié les Russes, que "l'esclavage, ce n'est pas la liberté". Quant à l'armée, elle se rallia très vite à la population et tourna le dos au pouvoir en place.« Ce qu’il y a de stupéfiant dans la révolution hongroise, c’est qu’elle ne fut en rien une guerre civile. L’armée hongroise, en effet, se désintégra en quelques heures et la dictature fut dépouillée de tout son pouvoir en l’espace de deux jours » (Arendt, Réflexions sur la révolution hongroise, p. 919) Le point crucial à partir duquel se fait le partage entre une révolution qui réussit ou échoue, c'est l'attitude de l'armée en place. Le basculement dépend d'abord du fait qu'elle se rallie au camp des insurgés ou qu'elle reste au service du pouvoir en place. Dans le premier cas, le barrage principal que présente le pouvoir en place s'effondre, ce qui témoigne bien d'une contrainte qui s'exerce principalement par la terreur qu'inspire l'appareil répressif d'Etat.
-La capacité d’autolimitation de la population 
A aucun moment, la révolution hongroise ne dégénéra en un bain de sang ni en actes de pillage ou de vandalisme. Les rares cas de pendaison que signale Arendt, le furent à l’égard des agents du Service de sécurité de l’Etat, le AVH, qui était constitué, pour l’essentiel, de criminels de la pire espèce que l’Etat totalitaire avait recruté pour son service. Cette capacité manifestée par la population hongroise à s'auto limiter, qui était pour Castoriadis, au fondement de toute authentique société autonome, ce qu'il appelait, au sens radical du terme, une"démocratie", constitue la réfutation pratique d'un thème cher aux élites intellectuelles, de droite comme de gauche, du péril de la "révolte des masses", cette idée qu'elles seraient devenues, surtout au XXème siècle, avec le fascisme et le totalitarisme, la principale menace pesant sur les fondements mêmes de la civilisation. Comme le retournait le critique social américain C. Lasch, en réalité, les derniers développements du capitalisme actuel, conduisent plutôt à mettre en avant le thème de la "révolte des élites", c'est-à-dire, l'hypothèse que ce sont désormais elles qui représentent le péril principal pour le devenir de la civilisation.
-L’absence de chefs à la tête du mouvement d'insurrection 
Les hiérarques (chefs) du parti communiste hongrois qui furent à l’origine et à la tête de la première manifestation ont été très rapidement et complètement dépassés par l’ampleur du mouvement d'insurrection dont-ils avaient été bien incapables de prévoir le développement. Comme pour le point précédent, ce trait incite à remettre fortement en question la conception politique ultra dominante, aussi bien à droite qu'à gauche, là encore, qui voudrait que les humains ne puissent vivre ensemble que sous l'ordre d'une hiérarchie et qu’une population aurait besoin, nécessairement, d'une avant-garde de chefs pour la guider et l'organiser. C'était typiquement la conception des Bolcheviks telle qu'on la retrouve chez Lénine, et qui explique, en bonne partie, pourquoi le coup d'Etat qui les a amené au pouvoir en octobre 1917, en Russie, était, à sa racine même, condamné à produire un Etat autoritaire. En fait, comme le soutenait Castoriadis, la véritable révolution populaire qui a pu instituer des formes de démocratie directe s'était déroulée au mois de février de la même année. Et c'est précisément la forme institutionnelle des conseils qui avait émergé à ce moment là. Ils portaient alors le nom russe de "soviets". D'où le sens originel du terme, qui s'est retrouvé totalement perverti et inversé par les Bolcheviks, d'"Union Soviétique". A l'origine, cela renvoyait à un réseau horizontal, non hiérarchique, de conseils. Une "Union Soviétique", au sens premier du terme, a très vite cessé d'exister en Russie. Le dernier grand combat, qui marque la fin de ce qui s'annonçait, au départ, comme l'institution d'une démocratie radicale, à l'échelle d'un pays aussi immense que la Russie, c'est la célèbre Révolte de Kronstadt, en 1921, impitoyablement réprimée dans un bain de sang par le pouvoir étatique.
-La mobilisation interclassiste
Une authentique révolution, par définition, n'en est une qu' à partir du moment où elle est capable de mobiliser des individus venant de toutes les couches sociales, sans quoi on n'aurait affaire qu'à un mouvement sectoriel, dont l'ampleur, de ce fait, resterait très limité. En ce sens encore, la Révolution hongroise a été exemplaire. On ne peut ainsi la réduire, elle comme les autres, à une simple révolte ouvrière, même si cette classe sociale a toujours été, dans l'histoire moderne, dans le noyau le plus actif des mouvements révolutionnaires:" C'est un lieu commun- ou plutôt, ça devrait en être un- que de dire qu'une vraie révolution est toujours nationale: tous les secteurs, toutes les couches de la nation abandonnent leur passivité et leur soumission conformiste à l'ordre ancien; tous s'efforcent à prendre une part active à sa destruction et à la formation d'un ordre nouveau." (Castoriadis, La source hongroise)

d) Brève histoire des conseils
L’aventure hongroise de 1956 n’est donc pas un accident singulier dans l’histoire moderne. La forme d’organisation politique qu’elle a fait émerger, le système des conseils, partant de la seule capacité d'agir-ensemble, rassemblant toutes les couches sociales de la population, et qui est le fondement de toute communauté politique démocratique, traverse toutes les grandes révolutions de l’ère moderne. Pour Castoriadis comme pour Arendt, la Révolution hongroise constituait même le point culminant du mouvement révolutionnaire moderne, là où il a développé le plus loin ses potentialités.
Arendt en fait un rapide rappel historique (pp. 920-921).
Historique des conseils depuis 1789.
-En 1789, au moment de la Révolution française, les conseils portaient le nom de "sections populaires". Si cette révolution a d'abord signifié la conquête du pouvoir d'Etat par la bourgeoisie de gauche, républicaine et capitaliste, elle n'en a pas moins eu une incontestable dimension populaire sans laquelle cette même bourgeoisie n'aurait sûrement pas pu parvenir à ses fins. L'historien français H. Guillemin donnait l'image d'un bélier défonçant les portes de l'Ancien Régime monarchique, dont la bourgeoisie républicaine s'était servie pour conquérir le pouvoir politique, le bélier symbolisant ici les classes populaires. Mais, cette image ne suffit donc pas à rendre compte de la réalité sociale de ce qu'a pu être la Révolution française, car elle laisserait à penser ces classes comme des masses passives subissant les événements, en occultant les formes institutionnelles démocratiques qu'elles ont pu inventer avec les sections populaires, que la bourgeoisie révolutionnaire a fini par noyauter pour les neutraliser, comme Arendt le faisait remarquer.
-En 1848, dans toute l’Europe, éclatent des révolutions, ce qu'on a appelé le Printemps des peuples. C'est alors la première fois que ces institutions de la démocratie radicale prennent l’appellation de « conseils ». En France, la répression sera orchestrée par la bourgeoisie de gauche républicaine avec le général Cavaignac à sa tête.
-En 1871, ils ressurgissent lors de La Commune de Paris. L'année précédente, la population armée de Paris assiégée par l’envahisseur prussien, et livrée à elle-même, s'était auto organisée pour lui résister; c’est ce qui formera la base de la Commune de1871. Elle sera réprimée, avec, en tête, ici encore ces mêmes forces de la bourgeoisie de gauche républicaine, dans un impitoyable bain de sang, qui fera aux alentours de 17 000 morts chez les insurgés, d'après Guillemin.
-En 1905, a lieu la première révolution russe visant à renverser le régime despotique du Tsar. La forme- conseil, le soviet, fait alors sa première apparition. Elle se soldera finalement par un échec du à l’incapacité des différents soviets de se coordonner pour soutenir une action d’envergure.
-En février 1917, c'est donc le début de la deuxième révolution russe. Cette fois-ci, avec le ralliement massif de l'armée au côté des insurgés, les conseils parviendront à se coordonner et à s'organiser sur une grande échelle pour mener à bien la lutte, avant qu'en octobre de la même année, les Bolcheviks prennent le pouvoir, avec les conséquences désastreuses que l'on a vu.
-En 1918-19 en Allemagne et en Autriche, au lendemain de la défaite, un vaste mouvement populaire dans le monde ouvrier et l’armée s’organise sous formes de "rate", le nom allemand désignant le conseil. Ce mouvement sera, comme d'habitude, sévèrement réprimé, toujours par la gauche, le parti social démocrate alors au pouvoir, qui n'hésitera pas à assassiner des figures emblématiques du mouvement révolutionnaire comme Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. C'est donc une constante historique à l'époque moderne, dont on est bien obligé de tenir compte: c'est la gauche qui, souvent, a réprimé dans le sang, les révolutions populaires. Comme le disait Reiser, le dessinateur de BD, avec son humour à lui: "c'est la haine du peuple qui me fera voter  un jour à gauche." (cité par Michéa, Le complexe d'Orphée, p. 252) Cet échec final de la révolution allemande a été particulièrement dramatique quant à ses conséquences politiques, au moins de deux façons. D'abord, il a contribué à maintenir la révolution russe dans son isolement avec un environnement international qui lui était, de toutes parts, hostile. Or, comme Marx l'avait fort bien analysé au XIXème siècle, il est impossible d'instaurer le socialisme (qui n'est, en son sens premier et originel, qu'un autre nom pour désigner le projet d'une démocratie radicale) dans un seul pays. D'où sa vocation nécessairement universaliste. C'est le fameux "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!" du Manifeste communiste de Marx et Engels. De ce point de vue et du fait de son isolement, l'expérience russe était de toute façon, probablement, vouée à l'échec. Ce qui aurait pu faire basculer les choses de l'autre côté, cela aurait dû être, justement, la réussite de la révolution allemande. Ensuite, cet échec permet de comprendre, au moins en partie, la montée en puissance de l'extrême droite en Allemagne avec toutes les calamités qui en ont résulté. Comme le soutenait l'historien communiste C. Harman dans, La révolution perdue, l'ascension politique de Hitler a pu se faire sur les décombres fumants de la révolution allemande. C'est là que prend tout son sens ce qu'a pu être, périodiquement, l'alternative socialisme ou barbarie, dans l'histoire récente. ( Harman, a cependant, à mon avis, une conception des événements trop influencée par un socialisme de type autoritaire, qui voit dans le recours à des chefs, l'unique salut possible pour les masses)...
-En 1936, au moment de la guerre civile en Espagne. Arendt, curieusement, n’y fait pas référence. Il s'agit pourtant, ici aussi, d'un des points culminants du mouvement révolutionnaire moderne, avec les formes d'auto organisation populaires qui ont fleuri partout dans la Catalogne révolutionnaire, avant de finir par être écrasées par les forces fascistes de Franco, soutenues massivement par l'Allemagne nazie, pendant que les "démocraties" occidentales regardaient d'un air distant ces événements.
Sections populaires de 1789, conseils de 1848, Commune de 1871, soviets de 1905/1917, rate austro-allemands, conseils de Hongrie etc., toutes ces formes d'organisation populaires peuvent être pensées sous un même idéal type. Elles forment ainsi l'unité d'un projet de démocratie radicale qui a été porté, principalement, par le mouvement révolutionnaire ouvrier. Comme le notait bien Castoriadis: "Les formes d'organisation -les Conseils- créées par les ouvriers hongrois sont de même type que les formes créées antérieurement et ailleurs par les révolutions ouvrières. Les buts et les revendications proclamées par ces Conseils sont dans la ligne de ceux qui ont été mis en avant par l"histoire toute entière du mouvement ouvrier [...] Il y a donc dans le monde moderne une unité du projet révolutionnaire." (La source hongroise)

e) La forme-conseil 
Pour approcher ce qu'est le type de la forme-conseil qui s'est réalisée de façon récurrente dans l'histoire des révolutions modernes, et qui constitue donc la base essentielle de ce qui fait l'unité du projet révolutionnaire de la démocratie radicale, à l'époque moderne, il faut faire ressortir quatre traits caractéristiques se retrouvant partout.
-L’établissement de la démocratie directe.
"Démocratie directe" est, comme on l'a vu dans la partie précédente, toujours à comprendre par distinction avec "démocratie représentative" dont on a vu qu’elle tient, en réalité, d’avantage de l’aristocratie (pouvoir monopolisé par une élite) que de la démocratie. Tandis que le système représentatif est structuré sur la base d'un système de partis politiques, la démocratie directe trouve à s'incarner dans la forme-conseil.
Système des partis et système des conseils forment ainsi une polarité qui fait que, nécessairement, ils devaient rentrer dans un conflit mortel qui ne pouvait se solder que par la disparition de l'un ou l'autre:"L'opposition entre les deux systèmes, celui des partis et celui des "conseils" a surgi au premier plan dans toutes les révolutions du XXème siècle. Le conflit tel qu'il se posait était le suivant: représentation contre action et participation." (H. Arendt, Essai sur la Révolution, p. 404) L'Histoire, jusqu'à présent, a tranché dans ce sens là: systématiquement, le conflit s'est terminé par l'écrasement du système des conseils:"Dans les conditions de vie modernes, nous ne connaissons donc que deux possibilités d’une démocratie dominante: le système des partis, victorieux depuis un siècle, et le système des conseils, sans cesse vaincu depuis un siècle; et les deux s’opposent de la manière la plus catégorique. » (Arendt, Réflexions sur la Révolution hongroise, p. 923)
 Les conseils hongrois avaient une double revendication: économique ( les conseils ouvriers principalement) et politique (les conseils révolutionnaires). Arendt nous précise que c’est le volet politique qui l’intéresse uniquement (p.921). Pourquoi ce choix? Nous touchons là, la principale limite de ses analyses, qui occultent complètement une dimension importante de la  révolution. C'est pourquoi, c'est une question qu'il nous faudra reprendre dans la partie suivante, pour avoir une vue complète de ce qui a été en jeu dans la Révolution hongroise, aussi bien que dans toutes les autres. Elle justifiera son choix en s’efforçant de montrer que c’est sur le plan politique que le système des conseils a été authentiquement révolutionnaire. C‘est dans cette dimension là, que l‘acte de fondation de la liberté a eu lieu. L‘argument principal d'Arendt sera de montrer la façon dont la répression a été orchestrée par Moscou (p. 926). Tandis que le pouvoir d'Etat totalitaire se montra prêt à faire des concessions sur le plan économique, il se montra en revanche impitoyable sur le plan des revendications politiques, en commençant, en premier, par liquider les conseils révolutionnaires. Les revendications politiques (liberté de réunion, liberté d’expression, élections libres etc.) se résument toutes dans l’aspiration de la population à se réapproprier le pouvoir politique confisqué par la bureaucratie d'Etat.
Le principe politique clef de la démocratie directe qui préside à l’institution des conseils, sur le plan législatif du droit, s'énonce ainsi: « Pas de loi sans participation de tous à sa délibération » Et sur le plan exécutif:" Pas d'exécution sans participation de tous à la prise de décision". C'est, dans les deux cas, l'abolition de la division entre dirigeants et exécutants. C'est, en suivant Castoriadis, ce qui définit une collectivité autonome et libre. Dans ce cadre, la loi n'est légitime que pour autant qu'elle a sa source dans l'assemblée populaire. C'est le b.a-ba de la démocratie. On voit bien  ici comment les conseils modernes sont les véritables héritiers de l’invention grecque de la démocratie (cf. cours, Le germe grec de la démocratie).
-La spontanéité
La forme-conseil n'émerge qu' à partir d'un agir-ensemble spontané, ce qui, dans le cas hongrois, apparaît clairement aux  pages 918-919 du texte d'Arendt. Que veut dire ici « spontané »? Deux choses essentielles sont à dégager pour en saisir le concept.
-La spontanéité de l’agir-ensemble est à comprendre par opposition avec la façon dont procède l’intelligence fabricatrice ou technicienne.
Intelligence fabricatrice=prométhéenne=rationnelle=réfléchie= 1er temps: modèle théorique, conception, 2ème temps: réalisation, exécution. L’architecte construit d’abord un plan qu’il réalise ensuite = l’ordre précède sa réalisation.
Action politique= tout s'inverse=l’ordre ici résulte de l’action.
Tout commence donc ici par une action commune et non à partir d'un plan préétabli. C'est l'abîme qui sépare une révolution populaire d'un complot menant à un coup d'Etat, qui obéit au schéma de la fabrication. Dans le cadre d'une révolution authentique, les individus, venant de toutes les classes sociales, commencent par agir ensemble. Dans le cas de la révolution hongroise, tout commence par des manifestations de rue, des grèves, des actions symboliques ( renversement de la statue de Staline sur la place publique) qui finissent par prendre une ampleur que personne n‘avait pu prévoir et planifier. C’est seulement dans un deuxième temps, sur la base de ces actions en commun, que va se constituer une organisation entièrement nouvelle qui fait émerger la forme-conseil.
Ainsi donc procède tout authentique mouvement révolutionnaire. Pour une révolutionnaire socialiste comme Rosa Luxemburg, c'était le critère décisif permettant de faire le partage entre une bonne organisation qui permet de fonder la liberté et les mauvaises qui établissent des formes de domination: « Une bonne organisation ne précède pas l’action, mais en est le produit ». Dans ce cadre, comme le disait un autre socialiste du XIXème siècle, Proudhon:« L’idée naît de l’action et non l’action de la réflexion ». Dans un célèbre passage de son Faust, le grand poète allemand Goethe montrait que lui aussi savait que tout commence par l'agir, en traduisant ainsi le début de l'Evangile de Jean:"Au commencement est l'action."
L’émergence spontanée d’un ordre à partir de l’action en commun manifeste, rigoureusement parlant, l’autonomie de la société, le fait que l’ordre qui la régit  émane de cette société elle-même et non pas d’une instance régulatrice et transcendante, placée au-dessus d'elle, comme l'Etat. En ce sens, les sociétés à Etat sont non autonomes, hétéronomes. C'est ce qui peut autoriser à dire que l'agir-en-commun de la population hongroise de 1956, comme de tout mouvement révolutionnaire authentique, est anarchique, à savoir, qu'il implique de tendre vers l'abolition de cette structure séparée de la société qu'est la forme-Etat.
Il faut donc comprendre, comme Arendt, l’action par opposition à la fabrication. Elle dira aussi, dans cette optique, que ce qui a complètement perverti et dénaturé l'action politique dans l'histoire occidentale, c'est le fait d'avoir transposer dans la sphère politique de l'agir-ensemble, les schémas techniques de la fabrication. Cette confusion, qu'Arendt fait remonter déjà à Platon, dans l'antiquité, va surtout introduire un élément terrible de violence dans la sphère politique. En effet, pour fabriquer quelque chose, il faut commencer par détruire la forme initiale du matériau sur lequel on travaille. Appliquer ce schéma là à la société humaine, c'est donc inévitablement lui infliger une forme ou autre de violence suivant le dicton:"On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs." Quand le "matériau" que constitue la société opposera des résistances au technicien de la politique, on le forcera, au besoin, à rentrer dans le schéma préfabriqué. Cette confusion de l’action avec la fabrication, c’est celle que l’on retrouve encore chez un  professionnel de la politique comme Lénine. C’est en ce sens qu’il faut comprendre le reproche que lui fera Rosa Luxemburg, dans le contexte de la première révolution russe de 1905: « le socialisme, de par sa nature même, ne peut être obtenu par ukase ». Un ukase, en russe, est un décret qui a force de loi: par exemple, le Tsar décrète l’interdiction de la langue ukrainienne. De la même façon, Lénine pensait pouvoir décréter, par le haut, la fin du régime d’oppression tsariste et l’avènement du « socialisme ». Avec le  schéma de la fabrication comme modèle de l'action politique, dans la tête, le communisme d'Etat instauré en Russie était donc bien pourri à la racine. Lénine croyait que la classe ouvrière a une tendance instinctive qui la pousse vers la réalisation du socialisme, mais qu’elle n’est pas assez éclairée et intelligente pour y parvenir par elle-même. Elle aurait donc besoin de chefs qui la guident. Les remarquables capacités d'auto-organisation des populations dont témoigne l'histoire moderne des conseils constituent la réfutation pratique d'une telle approche.
C'est pourquoi, il est essentiel de bien distinguer et opposer radicalement deux versions du socialisme, l'une, autoritaire, étatique et une autre qui se définit comme un socialisme de liberté. La première correspond à un socialisme établi par le haut avec la forme-parti comme institution-clé, alors que l'autre s'institue par le bas. avec la forme-conseil. Les deux ont donc une origine radicalement différente, comme le souligne Arendt, p. 922: « Mais alors que le système des partis trouve son origine historique dans le Parlement et ses factions, les conseils, eux, naquirent exclusivement des actions et des revendications spontanées du peuple… »  Les partis politiques modernes sont donc nés des chambres de représentants du peuple tandis que les conseils ont été engendrés par le peuple lui-même. Cela fait toute la différence. De ce point de vue là, il est assez vain de se demander s'il vaut mieux voter pour un parti de gauche ou de droite. Les deux appartiennent à la même structure institutionnelle de la représentation qui dépossède la population de son pouvoir politique.
-La spontanéité de l’agir-en-commun veut donc dire aussi une deuxième chose essentielle qu’on retrouve dans une étymologie possible du mot lui-même. "Spontané" viendrait du latin « spons » qui signifie littéralement,  « être source de…» La spontanéité, entendue ainsi, se confond avec la liberté humaine, telle qu'Arendt la conçoit. Etre libre, c’est agir au sens d'avoir la capacité de commencer quelque chose d’entièrement nouveau qui rompt l’enchaînement des causes et des effets. Si les humains sont libres, c'est, dans l’exacte mesure, où ils ont ce pouvoir de commencer quelque chose de nouveau. Ce concept de la liberté se trouve déjà dans la philosophie de Kant (XVIIIème siècle). Il réapparaît aussi bien, un peu plus tard chez Hegel, pour qui, en un certain sens, la liberté se définit "comme capacité à commencer absolument et par soi-même."(Fischbach, L'être et l'acte, p. 86)
Concrètement, ce qui montre la spontanéité, comprise ainsi, de l’agir-en-commun hongrois de 1956, comme de toutes les formes d'action qui ont conduit à l'institution des conseils, c’est le fait qu’on ne peut trouver aucune condition nécessaire et suffisante qui pourrait expliquer pourquoi ce qui s’est produit dans ce pays, un soulèvement de toutes les couches de la société, devait nécessairement se produire. Le mécontentement que pouvait ressentir la population face à l’oppression du régime totalitaire n’est pas une condition suffisante pour l'expliquer, car il était général, dans tous les Etats- satellites de l’époque. Pourquoi un tel soulèvement s’est produit en Hongrie et pas en Allemagne de l’est, en Tchécoslovaquie ou en Pologne, etc. alors que les conditions sociales, politiques, et économiques étaient sensiblement les mêmes? De façon beaucoup plus générale, il faut reprendre ici le questionnement qui était celui de Castoriadis: "Ainsi, par exemple, on peut dire: une révolution est "causée" par l'exploitation et l'oppression. Mais ces dernières sont là depuis des siècles (et des milliers d'années). On dit alors: il faut qu'exploitation et oppression atteignent un "point extrême". Mais quel est ce "point extrême"? Et ne l'a-t-on pas atteint de manière récurrente, sans qu'une révolution s'ensuive chaque fois?"(Castoriadis, La source hongroise)
Parler de spontanéité, dans ce contexte, c’est refuser de croire que l’Histoire est écrite d’avance, que le devenir de l'humanité obéirait à des lois transcendantes contre lesquelles on ne pourrait rien, comme le pensaient, entre autres, la plupart des marxistes, avec leur théorie des stades d'évolution censés conduire inéluctablement à l'avènement du socialisme comme terme ultime. Les humains, parce qu’ils ont cette capacité de commencer quelque chose de nouveau, d'être à la source de ce quelque chose, ont à tisser eux-mêmes le fil de leur propre histoire. Ils ne sont pas les agents passifs d’un scénario écrit d‘avance.
-L’enracinement local dans des collectivités concrètes
Le système de conseils se constitue toujours sur la base locale d'une collectivité concrète. Ce qu’il faut entendre par là, Arendt le formule p. 924. Partout où les hongrois avaient à vivre ensemble au quotidien, partout où ils avaient à partager un espace commun, ils se réunissaient en assemblée. On a ainsi vu se former des conseils ouvriers dans les usines, des conseils étudiants dans les universités, des conseils d’écrivains et d’artistes dans les cafés, des conseils de soldats dans les casernes, des conseils de fonctionnaires dans les administrations, des conseils d’habitants dans les quartiers, des conseils de paysans dans les communes rurales etc. C'est, comme le  remarque Arendt, ce qui fait "la grande souplesse" du système des conseils, ce qui le rend capable d'en engendrer un nombre incroyable, avec une économie maximale de moyens, dans quelque lieu que ce soit, partout où les gens ont à se retrouver quotidiennement. L'espace dans lequel le conseil est institué est donc celui d'un lieu commun, à savoir, un lieu qui n'est la propriété de personne, et auquel, pour cette raison, tout un chacun peut avoir accès. C'est ce qui fait la base communale du système des conseils, distincte aussi bien de la sphère étatique que de celle de l'entreprise privée.
Une objection, cependant, pourrait être faite: si la société, dans son ensemble, s’éparpille en une multitude de conseils, où chaque assemblée délibère dans son coin, on risque très vite d’aboutir à une situation de chaos et de désagrégation sociale. C’est ici que la population hongroise a peut-être manifesté le mieux son degré élevé d’intelligence politique, en se montrant capable de coordonner sur l’ensemble du territoire national, l’action des conseils pour reconstituer sur cette base, l’ensemble de l’édifice politique de la société. Ce qu’elle a mis en œuvre, pour y parvenir, c’est le principe clé du fédéralisme.
-Le fédéralisme.
C'est, sans nul doute, à partir de ce principe, que le système des conseils a fait preuve de ses plus grandes possibilités de développement, comme Arendt le fait remarquer p. 925: « Ce qui frappe le plus dans la révolution hongroise, ce n’est pas seulement que le principe du système des conseils se soit manifesté de nouveau, c’est que ce système ait pu manifester de la sorte, en douze brèves journées, un large éventail de ses potentialités… » Dans ce court laps de temps, la population hongroise était parvenue à instituer le système des conseils sur l’ensemble de son territoire national.
Les différents conseils enracinés localement dans les collectivités concrètes, vont se fédérer à tous les échelons de la société. Par exemple, dans une ville apparait dans chaque usine un conseil. Chaque conseil va choisir un délégué pour former un nouveau conseil à l'échelon de la ville. Ensuite, chaque conseil de ville va envoyer un délégué à l'échelon régional et ainsi de suite jusqu'à l'échelon national. De cette façon, en très peu de temps, la population hongroise s'est rendue capable de créer une forme entièrement nouvelle de gouvernement, une démocratie radicale, à l'échelle du pays tout entier jusqu'à former un "Conseil national suprême".
 Le plus important est ici, à mon avis, que les Hongrois ont pu démentir dans les faits, une des objections les plus fortes faite à la possibilité d’instituer une démocratie directe dans les conditions modernes d’existence à l'échelle des Etats-nations. Ce qui aurait été possible dans le cadre des petites cités grecques de l’antiquité ne le serait plus à une échelle beaucoup plus grande. Comme le disait déjà Robespierre au moment de la Révolution française de 1789, « l ‘assemblée nationale est trop petite pour y accueillir l’ensemble du peuple français ». La nécessité d'une assemblée constituée d'une élite de  représentants pour gouverner et légiférer à la place du peuple serait inscrite dans l’impossibilité matérielle de former une assemblée du peuple sur une telle échelle. Athènes, à l’époque de l’âge d’or de la démocratie, au Vème siècle avant J-C, devait compter 40 000 citoyens grand maximum; c’est évidemment sans commune mesure avec les 60 millions d’habitants d’un pays comme la France.
Mais, comme le faisait aussi remarquer Arendt, le système des conseils a appris à exister, dans le monde moderne, sur le territoire le plus vaste qui soit, celui de la Russie. Et, il ne s'est nullement effondré de lui-même, sous le poids d'une désorganisation de principe. Il a fallu, la mobilisation générale de l'appareil répressif d'Etat, pour en venir à bout. A une échelle bien moindre, la même chose vaut pour le cas de la Hongrie. L'histoire moderne des conseils, avec le principe du fédéralisme mis en oeuvre, le prouve de manière éclatante: le gigantisme des Etats-nations modernes n'est nullement un obstacle insurmontable à l'établissement d'une démocratie directe.

f) La délégation du pouvoir dans le système des conseils
Une dernière objection peut se présenter ici: en devant choisir des délégués censés les représenter à l’échelon supérieur, les citoyens n’aliènent-ils pas tout autant leur pouvoir de décision que dans le régime parlementaire des démocraties représentatives? Qu’est-ce qui distingue, au fond, un délégué de conseil d’un représentant dans le régime des partis politiques? L’objection ne tient pas, car le système de délégation du pouvoir dans les conseils est totalement différent de celui de la représentation dans le régime des partis politiques. L’opposition entre les deux est, ici encore, radicale. En s'appuyant sur le texte d'Arendt, on peut le montrer à trois niveaux au moins.
-Les critères de choix du délégué.
Cf. p. 923: « De plus, le choix que fait l’électeur… » Ce qu’il y a déjà de remarquable, et que montre très bien le cas hongrois, c’est que les questions idéologiques qui font les clivages entre les partis politiques, de droite ou de gauche, principalement, ne jouaient à peu près aucun rôle dans le choix du délégué au sein des conseils. Il n’était pas du tout désigné sur une base  idéologique comme c’est le cas dans le système des partis. Etre de droite ou de gauche importait peu. Les critères décisifs pour être choisi étaient purement personnels et dépendaient de certaines qualités que la personne pouvait inspirer comme, « l’intégrité, le courage, le jugement ». Autrement dit, les critères résidaient essentiellement dans la confiance que pouvait inspirer l’individu jointe à certaines qualités morales. On retrouve encore, tant bien que mal, ce critère de choix dans la vie politique actuelle de pays comme le nôtre, à une petite échelle communale, où ce qui importe pour faire son choix, c’est moins de savoir à quel parti appartient le candidat que de déterminer s’il inspire confiance ou non. C'est pourquoi, de nos jours, alors qu'on constate partout, une considérable érosion de la confiance que les gens ont dans leurs institutions politiques et leurs représentants, le seul échelon où elle se conserve, tant bien que mal, non sans subir ici aussi une érosion, est celui de la commune. Voilà qui montre bien, à nouveau, qu'on tient là, la cellule de base, le socle indispensable de confiance à partir duquel pourrait se reconstituer solidement l'édifice politique de nos sociétés dans la tradition de l'histoire des conseils.
- La révocabilité permanente du délégué.
Autre différence essentielle avec le système des partis, le délégué élu peut être, à tout moment, révoqué, à partir de l'instant où le conseil estime qu’il a trahi sa confiance ou qu’il a conduit avec incompétence sa mission. Dans le système des partis, la révocabilité en droit (par la procédure de la réélection) de l’élu se transforme très vite en irrévocabilité de fait. Si le représentant peut être, en théorie, sanctionné par le vote des électeurs, dans la pratique, on voit bien que, par le monopole qu’il exerce sur le champ politique, soit, il attendra la prochaine élection pour revenir à la charge ou il se recyclera très facilement, comme l'expérience le montre, dans d’autres sphères du pouvoir politique. Il est d’ailleurs significatif de remarquer qu’à chaque nouvelle élection d’un gouvernement, le même processus se répète inlassablement: le candidat est élu sur la base d’un certain nombre de promesses qui sont quasi systématiquement déçues au bout d‘un certain temps et qui expliquent, à chaque fois, la chute de popularité dans les sondages d‘opinions. Tandis que dans la forme-conseil, si un délégué ne suit pas les directives de l'assemblée de citoyens, il peut être démis à tout moment, on voit bien que dans le système de la représentation, l'élu n'est absolument pas tenu de se conformer à ses engagements, et peut, quand bon lui semble, retourner sa veste, sans que l'on puisse faire, en règle générale, quoi que ce soit contre, à moins d'une forte mobilisation populaire dans les rues, et encore, souvent en vain. C'est ce qui fait que dans la forme-conseil, le délégué reste toujours sous le contrôle de l'assemblée et ne peut accumuler, pour lui-même, du pouvoir, tandis que dans le système de la représentation, l'élu a une certaine indépendance qui lui permet d'échapper à un contrôle démocratique.
 - Le délégué issu de la base.
Dernière différence majeure, dans le cadre du système des partis, le candidat à une élection est toujours nominé d’en haut par la direction du parti, alors que dans le système des conseils le délégué est issu de la base. Même là où le parti politique prétend introduire de la démocratie directe cette différence reste valable. Par exemple, lors de la dernière élection présidentielle, le parti socialiste prétendait sélectionner son candidat par un vote des militants, mais en réalité, un tel procédé n’est qu’un simulacre de démocratie directe car le choix des militants est prédéterminé par la direction du parti qui coopte en son sein les candidats qui vont se présenter. Ce sont les chefs de parti qui décident que les militants auront le choix entre Royal ou Strauss Kahn, par exemple, si l'on veut parler du parti "socialiste". On retrouve là, les deux versions opposées du socialisme: celui qui s'institue par le haut, dans les partis, ou celui par le bas, dans les conseils.


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