vendredi 4 février 2011

Série Technique, explication de texte, Pascal

"Nous ne tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l'avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours; ou nous rappelons le passé, pour l'arrêter comme trop prompt: si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient; et si vains que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste.
C'est que le présent, d'ordinaire, nous blesse. Nous le cachons à notre vue, parce qu'il nous afflige; et s'il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l'avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver.
Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent; et si nous y pensons, ce n'est que pour en prendre la lumière pour disposer de l'avenir. Le présent n'est jamais notre fin: le passé et le présent sont nos moyens; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais."
Pascal, Pensées et opuscules, Pensée 172.

1 Dégager la thèse de ce texte et montrer comment elle est établie?
Pourquoi ne parvenons-nous jamais au bonheur? Pourquoi est-il si compliqué pour les hommes de trouver le bonheur? L ‘objet de ce texte sera de comprendre les raisons pour lesquelles les hommes ne parviennent pas à être heureux ce que souligne la dernière phrase: « et nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. » Ces raisons, le texte va les chercher dans le rapport particulier que l’homme entretient au temps ce qui se fera en trois étapes.
Primo, il s’agira de montrer que les hommes sont d’avantage préoccupés par le passé et l’avenir à tel point qu’ils en oublient de vivre le présent qui est pourtant le seul temps qui nous appartient.
Mais il y a une raison profonde à cela que développe la deuxième partie du texte: le temps présent, de par sa nature même, ne peut donner lieu à une satisfaction substantielle, nous aurons l’occasion d’y revenir pour la question 2)a).
Enfin, il s’agira de montrer que des trois dimensions du temps, celle qui importe le plus aux hommes est l’avenir et que , de ce fait, nous sommes condamnés à vivre dans l’espoir d’un hypothétique bonheur futur et jamais dans un état de bonheur présent, effectif. Notre condition est telle que nous pouvons, au mieux, espérer être heureux mais jamais être heureux.