mercredi 28 décembre 2011

"La guerre contre le terrorisme" (3)

Partie 1
Partie 2

Proposition
Quel peut être alors le sens de l’expression « guerre contre le terrorisme » dans la bouche de ceux qui pratiquent le terrorisme sur une échelle et avec une intensité qu’aucune autre puissance au monde ne serait capable de soutenir? Le terrorisme, dans l’industrie de la propagande, joue aujourd’hui le rôle qui était jusqu’à la fin des années 1980 et l’effondrement du bloc soviétique, dévolu au communisme.
Scolie
Partout dans les monde où les intérêts stratégiques des USA étaient menacées par l’aspiration à l’indépendance des populations, la propagande invoquait le péril de la menace communiste en agitant l’épouvantail de l’Empire totalitaire soviétique pour livrer des guerres sans merci pour asseoir sa domination.(1) Le général américain des marines Gray confirme lui-même le caractère fallacieux de ce prétexte lorsqu’il déclarait en guise de bilan de cette période en 1990: "En fait, dans la majorité des crises auxquelles nous avons réagi depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique n’était pas directement impliquée." (cité par Chomsky, Les Etats manqués, p.176) Sans doute pensait-il aux interventions en Chine, en Corée, en Indochine, aux Philippines, liste non exhaustive… De la même façon, Harry Rositzke qui travailla à la CIA pendant 25 ans expliquait en 1980 que "pendant toutes ces années […] [il n’avait jamais vu] le moindre rapport d’espionnage qui expliquerait pourquoi l’Union soviétique aurait intérêt à envahir l’Europe de l’Ouest ou à attaquer les Etats Unis."(cité par H. Zinn, p.655)Il suffit d’ailleurs de remarquer qu’avec la fin de la guerre froide et la chute de l’Empire soviétique, il n’y eut pratiquement aucune révision à la baisse du budget militaire des Etats Unis. L'intérêt du signifiant "communisme" tel qu'il est manipulé par la langue du pouvoir réside comme un bon slip dans son caractère extensible de sorte qu'on pourra y faire rentrer quiconque s'oppose aux intérêts stratégiques de la puissance américaine.
Il fallu donc à la fin de la guerre froide trouver un nouvel épouvantail à agiter devant l’opinion internationale. Le général Colin Powell notait ainsi en 1991: « Je suis à court de démons, et à court de traîtres. Je dois me contenter de Castro et Kim Il Sung. »(cité par H. Zinn, p.720) La guerre contre le terrorisme jouera desormais la fonction idéologique autrefois dévolue au communisme; comme le rapporte encore H. Zinn:"Un membre de l'administration Bush ne déclara-t-il pas au New York Times
, le 2 mars 1991: "Nous devons une fière chandelle à Saddam: il nous évité le débat sur les "dividendes de la paix".""(ibid., p. 702)
Objectif de la terreur: dominos, menace d’un bon exemple, pommes pourris et vaccin.
L’objectif de la terreur sans limite obéit à ce qu’il a été convenu d’appeler « la théorie des dominos » comme le rappelle Chomsky:"Cette constante préoccupation constitue la forme rationnelle de la « théorie des dominos », qu’on désigne souvent, de manière plus précise, sous le nom de « menace d’un bon exemple". Ainsi, le moindre écart de conduite est considéré comme une menace vitale appelant une riposte sans merci: paysans de localités reculées du Laos qui s’organisent, coopératives de pêcheurs à Grenade, et ainsi de suite partout dans le monde. Dans les termes des stratèges de haut niveau, l’essentiel est de prévenir toute « contagion » par le virus du développement autonome, de faire en sorte qu’aucune « pomme pourrie » ne « gâte le panier » ». (Futurs proches, p.147-148)


(1) Cette propagande marche évidemment dans les deux sens. C’est au nom de la menace des puissances impérialistes de l’Ouest que le régime totalitaire de Moscou a pu réprimer les mouvements populaires dans son propre Empire, comme en Hongrie en 1956, à Prague en 1968 etc. De ce point de vue les élites qui s’affrontent sur la scène  internationale l’ont toujours fait sur le fond d’un accord tacite, jamais explicité mais toujours présent qui est de  penser que la menace commune qu’ils ont à conjurer ce sont d'abord les mouvements populaires  dans leur empire respectif, et que, dans cette mesure, malgré toutes leurs divergences, ils ont un terrain sur lequel s’entendre. C’est le sens de la remarque que faisait Castoriadis à propos de la Révolution hongroise de 1956:" Il fait peu de doute que Reagan et Brejnev tomberaient d’accord sur la Hongrie."  ( Pour le texte entier, cf. ici.)

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